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Un ancien vice-président de la firme affirme avoir interdit à ses enfants de se connecter au réseau social. Parce qu'il détruit selon lui "le tissu social" et fausse la façon dont les gens se comportent dans la société.


L’un des hommes qui a contribué au succès phénoménal de Facebook – 1,3 milliard d’utilisateurs dans le monde – a indiqué lors d’une conférence à l’université de Stanford qu’il avait interdit à ses enfants d’utiliser "cette merde" et que lui-même y avait renoncé "depuis des années".

Chamath Palihapitiya a quitté la firme américaine en 2011 après avoir été le vice-président en charge de la croissance de son audience et, de ce fait, a participé personnellement à l’expansion de Facebook.

"Je me sens terriblement coupable", a-t-il dit au milieu d’une interview d’une heure, devant des étudiants de la Stanford Graduate School of Business en Californie. "Nous savions tous dans le fond de notre esprit que quelque chose de mauvais pouvait se produire. Nous ne l’avons pas dit" à l’époque. "Nous avons créé des outils qui détruisent le tissu social de la société".

La vidéo de la conférence a été découverte initialement par le site The Verge, puis visionnée à plus de 500 000 fois par les internautes.

L’ancien vice-président de Facebook, d’origine sri-lankaise, est un pur produit de la Silicon Valley. Ses passages dans AOL, puis dans Facebook lui ont permis d’amasser assez d’argent pour se lancer dans le capital à risque et de créer le fonds Social capital qui investit dans l’éducation, le secteur des soins et les services financiers.

"Si vous nourrissez la bête, cette bête va vous détruire", a-t-il dit aux étudiants, les enjoignant de prendre du recul par rapport aux réseaux sociaux et à Facebook en particulier ainsi que de préserver leur indépendance intellectuelle. Selon lui, Facebook provoque une addiction de l’utilisateur via les boutons "J’aime", les "coeurs" , les "pouces levés" qui créent une boucle infernale dans laquelle chacun en veut plus et fausse ses rapports avec ses relations.

Chamath Palihapitiya s’en est pris également au fait que les réseaux sociaux sont devenus des canaux de désinformation, prenant exemple sur un fait-divers en Inde où sept personnes ont été lynchées après la diffusion de fausses informations sur What’sApp. "De mauvais acteurs peuvent maintenant manipuler les gens pour vous inciter à faire ce qu’ils veulent", a-t-il dit.

Devant la diffusion virale de cette vidéo, Facebook a réagi par voie de communiqué en déclarant que "Chamath n’était plus à Facebook depuis six ans" et que la firme avait bien changé depuis. "Nous avons grandi et nous avons réalisé combien nos responsabilités ont grandi aussi", a souligné la firme américaine, dont le site est le troisième le plus visité au monde après Google et YouTube. Le fondateur, Mark Zuckerberg, a récemment indiqué qu’il souhaitait "réduire la profitabilité" du groupe pour être sûr que "les bons investissements" soient faits.

Sean Parker avant lui

Ce n’est pas la première fois qu’un ancien de Facebook tire à boulets rouges sur son ancien employeur. Dans son récent livre "Chaos Monkey", Antonio Garcia-Martinez, ancien de Facebook et de Twitter, dénonce la façon dont la firme suit à la trace ses utilisateurs, monétisant toutes les informations qu’elle collecte.

En novembre à Philadelphie, Sean Parker, le premier président de Facebook, a expliqué à Axios combien le réseau social distillait sa dose quotidienne de "dopamine" en incitant ses utilisateurs à attirer des "likes". Ce processus de validation sociale "exploite une vulnérabilité dans la psychologie humaine", a-t-il dit. Milliardaire à 38 ans, l’homme se déclare "objecteur de conscience" des réseaux sociaux tandis que Chamath Palihapitiya s’interdit à lui et à ses enfants de toucher à Facebook.