Un "archipel de la torture" en Syrie

Caroline Grimberghs Publié le - Mis à jour le

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Cynique : ‘Qui avoue avec insolence, et en la considérant comme naturelle, une conduite contraire aux conventions sociales, aux règles morales’ – Larousse

Depuis 18 mois, la Syrie est en guerre. Civile. Est-ce la raison pour laquelle la communauté internationale s’interdit d’intervenir ? Le droit d’ingérence (permettant à une ou plusieurs nations de violer la souveraineté nationale d'un autre État, dans le cadre d'un mandat accordé par une autorité supranationale) est à utiliser avec parcimonie. Il a ses partisans et ses opposants. En Syrie plus que n’importe où ailleurs.

18 mois après le début des violences, et 15.000 morts plus tard, la valse des hésitations de l’OTAN, pour compréhensible qu’elle soit, apparaît de plus en plus comme une danse macabre. Les déclarations plus cyniques les unes que les autres donnent à réfléchir. La fin du conflit ne semble pas pour demain. Le Groupe de réflexion, réuni ce week-end à Genève, a abouti à un plan de sortie de crise risible.

La semaine dernière, un F4 turc est abattu par l’armée syrienne. Ankara estime que le régime Assad est devenu une menace claire pour la sécurité de la Turquie et de son peuple. Au lendemain de l’’incident’ du F4, un diplomate de l’OTAN déclare : « Je pense que si Assad ne commet pas d’erreurs, on en restera là ». Le Groupe de réflexion réuni à Genève ce week-end a mis autour de la table les pays membres du Conseil de Sécurité de l’ONU, la Turquie et les représentants de la Ligue arabe. Conclusion : ils réclament la mise sur pied d’un gouvernement de transition qui soit d’union nationale, obligeant bourreaux et victimes à collaborer politiquement.

Le comble du cynisme pour le peuple syrien, pilonné depuis 18 mois jusque dans les habitations privées. Cynique et probablement sérieusement irréaliste au vu des forces en présence en Syrie. D’un côté, la minorité alaouite (dont est issu le clan el-Assad), soutenue par la majorité des cadres de l’armée, les sunnites laïcs et la population chrétienne. De l’autre, l’opposition sunnite dont certains craignent un manque de respect du pluralisme culturel en cas d’accession au pouvoir. Entre les deux, des civils qui payent le prix de l’horreur.

Les statistiques de la révolution fournies par le Strategic Research and Communication Center, centre de réflexion basé à Londres qui se propose de fournir des travaux de recherche au Conseil national syrien, font froid dans le dos :

Syriens tués: 18,236

Enfants tués: 1,378

Femmes tuées: 1,343

Militaries tués: 1,449

Protestataires tués après actes de torture: 700

Personnes diparues: +65,000

Protestataires encore actuellement incarcérés: +212,000

Réfugiés syriens depuis le mois de Mars 2011: +54,164

Réfugiés en Turquie: 24,564

Réfugiés au Liban: +24,000

Réfugiés en Jordanie: +5,600

Aujourd’hui, l’ONG Human Rights Watch va plus loin et publie un rapport sur l’usage de la torture par les services de renseignements syriens. Intitulé ‘L’archipel de la torture’, ce document, réalisé à partir de témoignages d’anciens détenus et de militaires ayant fait défection, fait état de crimes contre l’humanité, détaillant certaines pratiques inhumaines pratiquées dans les centres de détention : électrocution, viol, exposition à la chaleur ou au froid, menaces de mort ou de représailles sur la famille, arrachage d’ongles, brûlures de la peau à l’acide, etc. HRW consolide ainsi les conclusions d’Amnesty International dans un rapport similaire rendu public en mars et en appelle au Conseil de Sécurité des Nations unies. Qui, réuni à Genève, préconise donc un gouvernement d’union nationale. La boucle du cynisme est bouclée.

Témoignage d'un homme torturé

Un homme de 31 ans, qui a été retenu prisonnier dans la province septentrionale d'Idleb, a raconté avoir eu, au cours d'interrogatoires, les doigts écrasés par des pinces, tandis que des agrafes lui étaient plantées dans les doigts, les oreilles et sur le torse. "Je n'avais le droit de les retirer que si je parlais. Ce qui m'a fait le plus mal, c'était les clous dans les oreilles. Ils ont eu recours à deux fils de fer reliés à une batterie de voiture pour m'infliger des chocs électriques. Ils ont par deux fois utilisé des armes électriques de défense sur mes parties génitales", a-t-il dit. "Je pensais que je ne reverrai jamais plus ma famille. Ils m'ont ainsi torturé trois fois en trois jours".

Un ancien officier, lui aussi cité par HRW, a, pour sa part, décrit les méthodes de torture en vigueur, des pendaisons au plafond par les mains à l'enfermement vivant dans un cercueil, en passant par les menaces de mort. "Je les ai également vu recourir à des mouvements d'arts martiaux, comme celui consistant à casser des côtes d'un coup de genou. Ils vous mettent des aiguilles sous les pieds et vous frappent pour que vous marchiez avec".

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