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Prise d’otage, la formule paraîtra sans doute excessive. Mais c’est bien comme un captif que se considère Philippe Bogaert, 37 ans, empêché de quitter le Qatar depuis octobre 2008 à la suite d’un litige commercial. Les efforts de la diplomatie belge ont, jusqu’à présent, été vains; ce qui a poussé le businessman belge à alerter la presse, comme "un dernier recours".

Rétroactes. En 2001, la société de conseil en communication Dialogic, basée à Watermael-Boitsfort et dirigée par l’ancien athlète Philippe Housiaux, emporte un contrat pour l’organisation des Jeux asiatiques à Doha, qui ont lieu en décembre 2006. C’est un succès pour le Qatar et pour l’entreprise. D’autres contrats suivent, dont un pour la tenue en 2008 d’un Festival marin, censé présenter la relation historique et actuelle de l’émirat du Golfe à la mer. Vu l’ampleur du contrat, une société Dialogic Qatar est créée mais elle impose une association avec un partenaire local, Farukh Azad, qui détient 51 % des parts de la société. Le projet est d’envergure, à l’aune des ambitions de la Qatar Foundation qui la pilote, via une filiale créée pour cet événement. Cette institution a l’ambition d’accueillir à Doha des campus des plus prestigieuses universités du monde, essentiellement américaines jusqu’à présent. Du côté de Dialogic Qatar, une cinquantaine de personnes sont embauchées.

Mais, surprise, en juillet 2008, le contrat qui lie la société belgo-qatarie et le "Qatar Marine Festival Organizing Committee" est rompu unilatéralement par ce dernier, sans explication. S’ensuit une bataille juridique entre les deux parties, Dialogic Qatar réclamant des honoraires non versés, le Comité d’organisation qatari exigeant le remboursement de paiements, arguant que les prestations n’auraient pas répondu au cahier des charges. Un bras de fer dans lequel la société du Qatar a l’avantage de pouvoir compter sur la puissance du compte en banque. Un arbitrage international est imposé aux deux parties, mais il nécessite une caution qui s’élève à 300000 dollars; ce que Dialogic Qatar et Dialogic SA, basée à Bruxelles, sont incapables d’avancer.

Résultat : un imbroglio juridico-commercial sur lequel se greffe un drame humain. Philippe Bogaert, directeur de Dialogic Qatar, est empêché de quitter le pays. En effet, en vertu de la législation qatarie, un permis de sortie est nécessaire. Or, son associé, qui peut le lui fournir, refuse de le signer par crainte, dit Philippe Bogaert, de se retrouver seul à endosser l’éventuelle déconvenue financière qui découlerait de la décision de justice concernant le litige dans lequel Dialogic Qatar est impliqué. Philippe Bogaert se retrouve donc en quelque sorte prisonnier à Doha, sans ressources, sans permis de travail. Face à l’urgence devenue humanitaire, l’ambassadeur de Belgique a accepté de l’accueillir dans sa résidence.

Depuis octobre 2008, Philippe Bogaert a d’abord été aidé par la société Dialogic de Bruxelles, qui a notamment payé deux voyages de son épouse et de ses deux enfants à Doha. Mais celle-ci, elle-même en difficulté en raison de la crise, n’a plus pu subvenir à ses besoins.

Philippe Bogaert a démissionné de son poste, espérant que la rupture des liens contractuels avec Dialogic Qatar pourrait lui permettre de sortir de l’impasse. En vain. Dimanche, la justice qatarie devrait acter la mise en faillite de l’entreprise. Philippe Housiaux et Philippe Bogaert espèrent, là aussi, que cette issue favorisera le règlement du dossier humain. Mais rien n’est acquis.

Aussi, dans une démarche contestée par certains, M. Bogaert a décidé de donner un maximum de publicité à son calvaire, espérant que les autorités qataries y seront sensibles