Un boulevard s'est ouvert pour Vladimir Poutine

Le chef de l'Etat a les mains libres pour faire ce qu'il entend en vue de l'élection présidentielle de 2018. Analyse.

Boris Toumanov Correspondant à Moscou
Un boulevard s'est ouvert pour Vladimir Poutine
©af

A la veille des élections parlementaires dimanche en Russie, la Fondation Navalny a publié les photos d'un domaine ultraluxueux entouré d'un mur d'une hauteur de six mètres. Selon les auteurs de cette publication, il s'agit de l'une des résidences du Premier ministre Dmitri Medvedev, qui s'est rendu scandaleusement célèbre par la sentence qu'il a adressée aux habitants de Crimée : "Il n'y a pas d'argent mais tenez bon." Compte tenu des résultats des élections, qui viennent d'aboutir une fois de plus à une victoire de Russie unie, la majorité écrasante des électeurs n'ont établi aucune corrélation entre l'opulence dans laquelle vit Dmitri Medvedev, leader du parti du pouvoir, et leur propre condition matérielle, qui se rétrécit d'année en année comme une peau de chagrin.

Une position invulnérable

Vladimir Poutine peut, à plus forte raison, compter désormais sur la docilité de la masse russe qui a apporté la majorité constitutionnelle à Russie unie. Ces dernières élections constituaient une sorte de test appelé à déceler d'éventuels symptômes de protestation. Comme rien de tel n'a eu lieu, M. Poutine peut tranquillement dormir sur ses deux oreilles et préparer sans se presser sa campagne présidentielle de 2018.

Il faut avouer que sa position semble invulnérable pour le moment. Malgré les critiques que l'opposition lui adresse, ses actes sont couronnés de succès. L'"effet de la Crimée" est loin d'être estompé et l'économie, que plusieurs experts ont déjà enterrée, n'est pas encore morte. Le réfrigérateur n'a pas vaincu la télévision. La société russe a clairement démontré qu'elle n'avait pas besoin de changements ni, à plus forte raison, d'un nouveau leader national.

L'opposition est démoralisée, et les initiatives de Mikhaïl Khodorkovski pour préparer les prochaines présidentielles frappent par leur naïveté. Bref, depuis dimanche, "le problème 2018" n'existe plus et M. Poutine a tout le loisir de s'occuper de ses grands jeux géopolitiques en sérénité.

M. Medvedev devrait rester à son poste et tous les projets de réforme économique, pour lesquels le conseiller présidentiel Alexeï Koudrine s'enthousiasme pour le moment, devraient terminer à la poubelle.

L'une des premières tâches des nouveaux élus sera de voter un budget d'austérité, qui promet quelques luttes entre différents ministères.

Objectif "stabilité"

Ainsi le résultat des élections de dimanche n'entraînera ni un changement de politique ni un changement des personnalités essentielles au sein du pouvoir.

Fait significatif : immédiatement après les élections, la presse russe a fait état de l'intention du Kremlin de transformer les services de sécurité en un seul ministère de Sécurité qui devra englober le Service fédéral de sécurité et le service de renseignements extérieurs.

Selon ce projet de réforme, qui devrait être achevée aux alentour de l'élection présidentielle de 2018, le parquet général devrait rétablir son contrôle sur le comité d'enquête et les fonctions du ministère des Situations d'urgence seront partagées entre le ministère de la Défense et le ministère de l'Intérieur. Cela signifie que, dans le confort de la situation postélectorale, le Kremlin ne veut rien laisser au hasard, quitte à reproduire les structures de l'époque soviétique.

L'ensemble de ces faits semble confirmer l'impression générale que le pouvoir russe mise sur la stagnation à long terme, qui est officiellement appelée ici "stabilité".

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