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Ils sont Israéliens, Palestiniens, Libanais, Syriens, Jordaniens, Égyptiens et Espagnols: jeunes musiciens du West-Eastern Divan Orchestra dirigé par le chef israélo-argentin Daniel Barenboïm, ils ont joué dimanche soir à Ramallah, «capitale» administrative de l'Autonomie palestinienne, et ce fut le couronnement d'une tournée sous le signe de la paix israélo-arabe, lancée à Séville, leur port d'attache, le 29 juillet.

Cet orchestre fondé en 1999 par Daniel Barenboïm et l'intellectuel palestinien, décédé récemment, Edward Saïd, avait déjà projeté de se produire en territoire palestinien en 2004. Les autorités israéliennes n'avaient pu garantir leur sécurité. L'avènement à la tête de l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas et le réchauffement des relations israélo-palestiniennes qui s'en est suivi ont permis, cette année, que le rêve s'accomplisse. Ironie de l'histoire, au même moment, c'est entre Israéliens, dans le cadre du retrait de la Bande de Gaza, que survenaient des affrontements (lire ci-dessous), alors que les Palestiniens de Ramallah pouvaient goûter aux sonorités méditerranéennes du West-Eastern Divan Orchestra.

Le projet de cet orchestre israélo-arabe est né à Weimar, en Allemagne, où Daniel Barenboïm avait été mandaté comme responsable de la programmation musicale de l'initiative «Capitale culturelle de l'Europe» en 1999. «En réfléchissant à la responsabilité allemande dans le conflit au Proche-Orient, nous avons eu l'idée d'un orchestre qui rassemblerait des musiciens des pays arabes et des Israéliens», expliquait-il récemment au journal «Le Monde» (du 11-08-05). L'orchestre et la Fondation Barenboïm-Saïd qui le soutient ont finalement émigré à Séville, en Andalousie, à l'initiative du président du gouvernement autonome, Manuel Chavez, en hommage «aux sept ou huit siècles qui ont vu chrétiens, juifs et musulmans vivre ensemble» et faire de l'Andalousie ce qu'elle est aujourd'hui.

Cette installation explique la présence dans l'orchestre de nombreux musiciens espagnols aux côtés des Israéliens et des Arabes. Et le fait que ces derniers aient pu bénéficier de passeports diplomatiques espagnols pour faciliter leur entrée en Cisjordanie occupée et leur sortie.

«Je n'ai pas de solution politique à offrir pour mettre fin au conflit israélo-palestinien, a souligné à Ramallah Daniel Barenboïm, mais il s'agit pour chacun des membres de l'orchestre de transmettre par la musique sa perception de la souffrance de l'autre». «Notre groupe n'est pas seulement un espoir, mais un modèle», a jugé pour sa part le violoniste israélo-palestinien, Nabil Abboud Ashkar. «Aucun peuple n'a le droit d'occupation sur un autre peuple et les Palestiniens ont besoin de leur liberté. Voilà la raison de ma présence à Ramallah», a ajouté le chef d'orchestre né de parents juifs d'origine russe.

© La Libre Belgique 2005