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Le principal accusé du procès en appel qui doit s’ouvrir ce jeudi 10 janvier à Bruxelles dans le cadre d’une filière djihadiste vers l’Irak et l’Afghanistan fera sans doute une deuxième fois défaut. Il est en Syrie, où il affirme diriger une brigade de 600 hommes dans le nord du pays pour renverser le régime de Bachar al Assad.

Condamné en juin 2012 à huit ans de prison dans l’affaire du Centre islamique belge (CIB) de Molenbeek, Abdel Rahman Ayachi était parti en Syrie avant son procès. Il y a rejoint l’un des groupes islamistes locaux, les "Faucons du Sham" (Suqur al-Sham), implantés dans la région d’Idlib. Après s’être battu pendant près de six mois à 30 km au sud d’Idlib, il a gravi les échelons. "Aujourd’hui, c’est une brigade de 600 hommes armés que je commande" , écrit-il à "La Libre Belgique". "Divisés en cinq bataillons et toujours sous la direction des Faucons du Sham, nous continuons à avancer pour conquérir l’armée du tyran et les cœurs de la population."

Le fils du cheikh franco-syrien Bassam, qui a étudié en Belgique, affirme qu’il ne reviendra plus en Belgique, même s’il s’estime innocent. " Je ne compte plus y vivre effectivement. Même si j’aime et respecte ce pays et ses valeurs, cela fait longtemps que j’envisageais de partir." I l précise qu’il n’accepte pas l’amalgame fait entre "djihadiste" et "terroriste". " Tout djihadiste n’est pour moi pas forcément un terroriste" , dit-il, avançant l’un des arguments utilisés par son avocat, Sébastien Courtoy, et par d’autres, dans les procès de terrorisme à Bruxelles.

Avant de partir en Syrie, Abdel Rahman Ayachi a été l’un des islamistes formés, malgré elle, par l’armée belge. Le jeune Français avait suivi une formation comme réserviste, mais sa carrière militaire a été stoppée quand il a demandé à être versé dans la Marine. Une formation sur les radars requérait une habilitation de sécurité. Le Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS) de l’armée belge y a mis son veto.

Les Faucons de Sham n’est pas le groupe le plus radical en Syrie. Selon l’expert belge Thomas Pierret, conférencier à l’Université d’Edimbourg, le groupe " est d’obédience salafiste mais "nationaliste", au sens où il combat sous le drapeau syrien (présent sur son logo) et a accepté de rejoindre l’état-major de l’Armée syrienne libre récemment créée" .

Cela le différencie du Front Al-Nosra, placé par les Etats-Unis sur la liste des organisations terroristes. " A la différence de ce dernier, dit-il, Suqur al-Sham n’a jamais pratiqué d’attentats à la voiture piégée en zone résidentielle." Le groupe se vante toutefois d’utiliser des voitures piégées contre les barrages de l’armée syrienne, laquelle bombarde les rebelles avec son aviation.

Les Faucons du Sham représentent, selon Thomas Pierret, une des organisations les plus puissantes de la région d’Idlib, disposant de plusieurs milliers de combattants et d’un peu de tanks et des canons saisis aux forces régulières. Elle est dirigée par le commandant Ahmad Shaykh, originaire de Sarja, un village de la province d’Idlib, emprisonné entre 2004 et 2011 pour son activisme islamique. Les Faucons prônent un Etat islamique.