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Le diplomate américain Bill Richardson a démissionné jeudi matin (heure locale) d'une commission consultative mise en place par Aung San Suu Kyi pour tenter de résoudre la crise des réfugiés Rohingyas, se déclarant alarmé par "l'absence de leadership" de la dirigeante birmane.

"C'est avec une grande déception que j'annonce ma démission du Conseil consultatif sur l'Etat Rakhine", déclare le diplomate dans un communiqué diffusé à l'issue de trois jours de discussions en Birmanie sur la situation dans cette région où des opérations de l'armée ont obligé près d'un million de musulmans rohingyas à fuir au Bangladesh.

Il s'est déclaré très préoccupé par "l'absence de leadership moral" d'Aung San Suu Kyi dans la gestion de cette crise.

Le diplomate craint que ce conseil consultatif ne devienne "une troupe de pom-pom girls" au service de la politique du gouvernement, car il refuse de "proposer les changements de politique authentiques dont on a désespérément besoin pour assurer la paix, la stabilité et le développement dans l'Etat Rakhine".

Il a indiqué avoir été "interloqué" par le dénigrement des médias, de l'ONU, de la communauté internationale et des organisations de défense des droits de l'homme, et alarmé par "le manque de sincérité" avec lequel le problème de la citoyenneté des Rohingya a été discuté dans le cadre de cette commission.

Pendant des décennies, les Rohingyas se sont vu dénier tout droit à la citoyenneté dans le cadre d'un système discriminatoire qui limite leurs droits et leur liberté de mouvement en Birmanie.

M. Richardson a également critiqué la "réponse furieuse" de Mme Suu Kyi à ses appels à la libération de deux journalistes de l'agence Reuters qui enquêtaient sur la situation dans l'Etat Rakhine, où l'armée est accusée d'épuration ethnique contre les Rohingyas.

Wa Lone, 31 ans, et Kyaw Soe Oo, 27 ans, arrêtés en décembre, sont accusés de détenir des documents classés secrets relatifs aux opérations des forces de sécurité dans l'Etat Rakhine. Ils risquent jusqu'à 14 ans de prison.

La situation est critique car la Birmanie et le Bangladesh n'ont pas pu tenir les délais pour assurer le retour de centaines de milliers de réfugiés Rohingyas en Birmanie, alors que les premiers rapatriements étaient prévus le 23 janvier, en vertu d'un accord signé le 23 novembre par les deux pays.