Un discours en demi-teinte à la convention démocrate

Entretien Stéphanie Fontenoy, correspondante aux Etats-Unis Publié le - Mis à jour le

International

Robert Thompson est directeur du Centre Bleier pour la télévision et la culture populaire à l’université de Syracuse, dans l’Etat de New York. Pour "La Libre", il livre son analyse du discours d’investiture.

En 2008, la nomination d’un candidat afro-américain à la présidentielle était un moment historique. Qu’en reste-t-il quatre ans plus tard ?

Les Etats-Unis sortaient de huit ans d’une administration troublée sous George W. Bush. Barack Obama avait donc utilisé ce message d’espoir et de changement, ce qui est par ailleurs très fréquent chez ceux qui briguent un premier mandat. C’était le cas du candidat Dwight Eisehower en 1952. Mais quatre ans plus tard, un président sortant ne peut plus utiliser le même thème car cela laisserait penser que tout ce qu’il a fait est mauvais et qu’il est temps de tourner la page ! Il avoue donc que les temps ont changé, et que lui aussi, quand il déclare : " Je ne suis plus un candidat, je suis le Président ". En 2008, le candidat Obama incarnait cet espoir. Ce qu’il a fait dans son discours jeudi est de réutiliser cette notion, non plus à propos de lui personnellement, mais au sujet du pays et de tout ce qu’il doit encore accomplir.

Le ton du discours était aussi plus sobre que par le passé…

Oui, certaines personnes avaient même suggéré que le Président devait s’excuser pour son premier mandat, ce qui stratégiquement aurait été désastreux. Il devait à la fois reconnaître les problèmes, mais ne pas s’avouer vaincu. Ce qu’il a fait en ouverture, en déclarant qu’il n’était plus cet homme jeune qui parlait d’espoir à la Convention de 2004, mais que "nos problèmes peuvent être résolus. Nous pouvons être à la hauteur des difficultés". Sa position est très différente aujourd’hui, car pour de nombreuses personnes, le changement qu’il a promis ne s’est pas matérialisé.

Il décrit sa vision pour les Etats-Unis : relancer l’industrie manufacturière, reconstruire les infrastructures du pays, investir dans l’enseignement et la santé. On a l’impression qu’il en appelle aux “good old days”, au bon vieux temps des Trente glorieuses…

C’est intéressant, car d’un côté il accuse ses adversaires, qui ont déclaré que la Russie était notre plus dangereux ennemi, d’être restés bloqué à l’époque de la Guerre froide. Mais il évoque aussi une certaine vision nostalgique d’une Amérique qui produit beaucoup de choses, alors que l’on sait que les marchés sont aujourd’hui globaux et qu’on peut fabriquer beaucoup moins cher ailleurs. Il justifie cependant cette idée par le retour de l’industrie automobile américaine. Etonnement, il ne s’étend pas beaucoup sur la situation économique, le chômage et même sur sa grande réforme de la santé, qui a été très controversée.

Essaie-t-il d’éviter les sujets qui fâchent ?

Les intervenants qui ont parlé avant lui à la Convention ont fait un très bon travail de mise en perspective de ces questions. La tâche du Président était de ne pas s’avouer vaincu et de faire revivre un enthousiasme qui a pris des coups. A la fin du discours, il a renoué avec sa rhétorique enflammée et florissante. On a alors eu l’impression que l’orateur de 2008 était de retour. Il a cité les Ecritures, la Déclaration d’indépendance, la Constitution, et cette phrase du président Lincoln : "J’ai été amené à m’agenouiller à maintes reprises par la conviction que je n’avais pas d’autre endroit où aller." Toutes ces références me rappellent le discours de Martin Luther King, "I have a dream".

Pensez-vous qu’il a convaincu ?

Il ne faut pas oublier que ces discours existent non pas pour informer, mais pour émouvoir. Barack Obama doit convaincre les électeurs qui lui sont favorables d’aller voter le 6 novembre. Mais là encore, les temps ont changé. Les jeunes qui étaient tellement excités à l’idée de participer à une élection historique ne sont plus aussi motivés.

Constatez-vous une grosse différence entre la Convention démocrate et la Convention républicaine ?

Les Conventions sont avant tout des opérations de communication où les partis forgent l’image qu’ils veulent projeter au grand public. Pendant plusieurs jours, chaque parti a le contrôle total de son message. Pour moi, cela ressemble au spectacle de variété sur les chaînes de télévision, avec une succession de chanteurs, les familles qui se rassemblent, les larmes. Mais structurellement, les deux Conventions sont identiques.

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