International

Le très conservateur Etat régional allemand de Bavière est au coeur d'une polémique mercredi après sa décision d'imposer des crucifix dans les halls d'entrée de ses bâtiments publics en signe de "reconnaissance de son identité". La décision a été prise mardi dans cette région à dominante catholique du sud de l'Allemagne où le parti au pouvoir, la CSU, va affronter des élections délicates cet automne face à une extrême droite en plein essor.

Installer des crucifix, ce n'est pas promouvoir "un signe religieux", c'est "reconnaître une identité" et "l'expression d'une empreinte historique et culturelle", a justifié le ministre-président de Bavière, Markus Söder, alors que des crucifix trônent déjà dans les salles de classes et les tribunaux bavarois.

L'installation prochaine de ces croix ne concerne toutefois que les bâtiments appartenant à l'Etat bavarois et non ceux relevant des municipalités ou de l'Etat fédéral allemand.

Très critiquée, l'annonce a suscité de vives réactions, notamment sur les réseaux sociaux, certains la jugeant contraire au principe de "neutralité religieuse", ce que M. Söder a rejeté.

"Nous, les musulmans, n'avons aucun problème avec la croix" mais "la neutralité de l'Etat devrait toujours être respectée", a estimé Aiman Mazyek, président du conseil central des musulmans, cité par l'agence de presse DPA.

Il a mis en garde contre une "double morale" qui consisterait à accepter les symboles chrétiens mais à bannir de l'espace public les signes juifs ou musulmans.

"La nouvelle loi bavaroise (...) : à partir du 1er juin, une croix, une gousse d'ail et une tête réduite doivent être suspendues dans l'entrée de chaque bâtiment public en Bavière", a raillé sur Twitter l'humoriste Jan Böhmermann.

"Les autorités bavaroises vont bientôt utiliser la Constitution (allemande) comme paillasson" devant les bâtiments publics, a ironisé sur son site le journal satirique Der Postillon.

Alliée d'Angela Merkel au sein d'une coalition conservateurs/sociaux-démocrates, la CSU est très critique avec la chancelière depuis qu'elle a ouvert en 2015 les portes à plus d'un million de réfugiés. Et elle a encore durci ses positions dans la perspective des élections de l'automne prochain, où le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) est en embuscade.

Récemment, le ministre de l'Intérieur de Mme Merkel et patron de la CSU, Horst Seehofer, a ainsi suscité un tollé en déclarant que "l'islam ne faisait pas partie de l'Allemagne".