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Un homme, une voix : la base de l'élection en démocratie. "Un : c'est le nombre de bulletins de vote que vous tenez entre vos mains", écrit bien le Parlement européen sur son site Internet. "Utilisez-le pour avoir l'Europe que vous souhaitez !" Et si certains en tenaient deux ? Eh bien probablement que personne ne le remarquerait.

Belge et Italienne, Laura a reçu deux convocations, une pour élire les parlementaires régionaux et européens à Bruxelles, une autre pour choisir des eurodéputés italiens au Consulat. Claudio, porteur de la double nationalité lui aussi, se trouve dans une situation similaire. "Ils restent des citoyens italiens aux yeux de notre ministère des Affaires étrangères", explique-t-on au Consulat de la péninsule. "Les ministères ne communiquent pas entre eux pour savoir qui sont les gens qui possèdent la double nationalité. Une fois qu'ils sont inscrits sur nos listes, ils reçoivent des convocations électorales pour chaque élection italienne."

Un homme, deux voix ? Théoriquement, voter samedi au Consulat d'Italie et dimanche dans sa commune belge de résidence est interdit. Rien n'est mentionné sur la convocation belge, mais l'information est bien inscrite noir sur blanc sur le papier italien.

Alors, eurodéputés belges ou italiens ? Laura et Claudio n'ont en fait pas le choix, et pour cause: contrairement à l'Italie, le vote en Belgique est obligatoire. "Dès votre inscription sur la liste des électeurs, vous serez en conséquence légalement tenu de vous rendre aux urnes le 7 juin 2009", rappelle le ministère belge de l'Intérieur sur son site Internet. La règle s'applique également pour les autres citoyens européens, qu'ils possèdent une double nationalité (franco-belge par exemple) ou qu'ils se soient inscrits auprès de leur commune de résidence en Belgique afin de voter ici. "Tout citoyen de l'Union résidant dans un État membre dont il n'est pas ressortissant a le droit de vote et d'éligibilité aux élections au Parlement européen dans l'État membre où il réside, dans les mêmes conditions que les ressortissants de cet État", indique le traité sur l'Union européenne.

Si superposition de listes il y a, "c'est la faute des Belges" , poursuit la source consulaire italienne. "Ils ont automatiquement réinscrit sur les listes européennes les Italiens et Italo-Belges qui avaient voté pour les dernières élections communales et législatives. Nous avions jusqu'au 30 mars pour demander de ne plus figurer sur ces listes. Moi, j'ai habité à Grimbergen avant de m'installer à St-Gilles. J'ai dû téléphoner aux deux communes pour qu'elles me désinscrivent. C'est quelque chose de tout à fait voulu par les autorités belges, pour que les Italiens votent pour des candidats locaux. Cela dit, la vieille génération d'Italiens est plus intéressée par les enjeux belges qu'italiens."

Le problème, c'est que ni les Belges, ni les Italiens ni les autres autorités concernées n'ont les moyens de contrôler les doubles votes. "En principe un recoupement des listes électorales est organisé pour que ces électeurs ne puissent pas voter dans deux pays différents, mais la rigueur n'est pas de mise et beaucoup votent deux fois", rapporte Robert, un Italien de Liège. "C'est relativement grave, mais je pense que rares sont ceux qui iront effectivement voter deux fois", déclare-t-on au consulat d'Italie. Au ministère belge de l'Intérieur, on fait appel à "l'honnêteté" des électeurs. Avant de soupirer, impuissant, "faites comme bon vous semble".

© La Libre Belgique 2009