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L’émotion nationale suscitée par les tueries de Toulouse et de Montauban pourrait déboucher sur l’intrusion fracassante, dans la campagne électorale présidentielle, du thème de l’insécurité - qui, jusqu’à présent, en était assez absent. Du moins, c’est ce qu’ont d’emblée envisagé des commentateurs et analystes de cette campagne, lundi.

Et pour cause : il y a le fameux précédent de 2002. A l’époque, la campagne présidentielle s’était focalisée sur la délinquance et l’insécurité. N’y avaient pas peu contribué deux faits divers dramatiques. A la fin mars, à Nanterre (banlieue parisienne), un tireur fou avait ouvert le feu sur les élus réunis en conseil municipal, faisant huit morts et une dizaine de blessés graves. A Orléans (Loiret), trois jours avant le premier tour, un septuagénaire, Paul Voise, dit "Papy Voise", avait été roué de coups par deux jeunes, qui avaient ensuite incendié sa maison. Des chaînes de télévision, TF1 particulièrement, avaient été accusées d’avoir exagérément médiatisé cette affaire, ce qui, selon leurs détracteurs, avait contribué à la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour.

La campagne va-t-elle s’enflammer ces prochains jours ? Dès qu’aura pris fin "le temps du deuil" - dixit le PS, lundi ? Aussitôt qu’auront été oubliés les appels lancés tout au long de la journée : appels à "l’unité nationale" et à "la retenue", la classe politique étant invitée à s’abstenir de toute "récupération" du drame ?

Dès lundi, les venues à Toulouse de Nicolas Sarkozy, François Hollande ou François Bayrou ont été critiquées. Ainsi, la candidate trotskiste Nathalie Arthaud leur a reproché d’"instrumentaliser" la tragédie, avec un tel "cirque électoral". Son concurrent Philippe Poutou, lui, a jugé que ce n’était "peut-être pas un hasard si ça arrive en pleine campagne. Il y a peut-être un calcul politique derrière, pour faire diversion par rapport à la crise".

En outre, certains ont fait le lien entre cette tuerie et le contexte politique. Un proche de la Verte Eva Joly a fustigé le "climat (intercommunautaire) malsain entretenu par Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, avec le halal notamment". L’écologiste de droite Corinne Lepage (empêchée de se présenter faute d’assez de parrainages) a mis en cause "le climat délétère actuel, de haine et d’invectives, avec la recherche permanente de boucs émissaires". Et a adjuré la classe politique à "un examen de conscience général". Dans la même veine, le centriste François Bayrou a invité à "penser à la société que nous formons ensemble", à "réfléchir, je ne dis pas aux causes, car probablement la folie n’a pas de causes directes, mais (aux) causes indirectes" de cette tuerie.

B.DL., à Paris.