Un million de Japonais en moins sur Terre

Face au déclin alarmant de la population, plusieurs voix appellent à accueillir plus d'étrangers.

Quentin Weinsanto Correspondant à Tokyo
(150530) -- TOKYO, May 30, 2015 () -- A baby takes part in "baby-cry sumo" competition at Sensoji Temple in Tokyo, Japan, May 30, 2015. About 120 babies participated in the competition held to wish for their healthy growth. (/Stringer)(azp) Reporters / Photoshot
(150530) -- TOKYO, May 30, 2015 () -- A baby takes part in "baby-cry sumo" competition at Sensoji Temple in Tokyo, Japan, May 30, 2015. About 120 babies participated in the competition held to wish for their healthy growth. (/Stringer)(azp) Reporters / Photoshot ©Reporters / Photoshot

Le Japon a perdu 1 million d'habitants ces cinq dernières années, d'après le dernier recensement publié ce vendredi. Selon les prévisions du gouvernement, à ce rythme, la population pourrait chuter de plus de moitié pour atteindre 52 millions d'individus d'ici à 2100, contre 127,1 millions en octobre 2015. Des chiffres alarmants pour l'avenir du pays.

Alors que le nombre de retraités atteint un pic, une longévité record couplée à un faible taux de natalité a entraîné une forte réduction de la population en âge de travailler. Résultat : l'archipel doit envisager diverses solutions pour répondre à ce défi. Par exemple, dans un pays connu pour ses lois sévères en la matière, quelle politique faut-il choisir pour l'immigration ?

Changer les mentalités

Alors que le Premier ministre conservateur Shinzo Abe n'a jamais caché que ce sujet n'était pas sa priorité, les appels à un assouplissement se sont multipliés ces derniers mois. "La population du Japon est en baisse. Je crois qu'il faut promouvoir davantage de mesures pour accepter les étrangers", a déclaré Shigeru Ishiba, ministre chargé des Mesures contre la baisse démographique et de la Dynamisation de l'économie locale, lors d'une conférence de presse en novembre dernier. Des déclarations qui ont été suivies par celles du ministre en charge de la Réforme de l'administration, Taro Kono, pour qui davantage d'immigration serait un bon moyen de stimuler le PIB du pays.

Shinzo Abe a toujours été réticent à l'idée d'accepter plus d'étrangers et bénéficie d'un relatif consensus social sur cette question. Pour répondre à la bombe démographique, sa principale promesse était de réussir à rehausser le taux de natalité via des incitations fiscales et un accès facilité aux services de garde. L'objectif était de faire passer le taux de natalité de 1,41 en 2012 à 1,8, mais les mesures sont encore loin d'avoir fait leurs preuves.

Pénurie de main-d'œuvre dans le bâtiment

Cela laisse également entier le problème de la rareté de la main-d'œuvre. Plutôt que d'assouplir radicalement sa politique en matière d'immigration, le gouvernement a préféré opter pour des solutions temporaires. L'un des enjeux auxquels il doit faire face est de trouver suffisamment de travailleurs, en particulier dans le secteur du bâtiment, en prévision des Jeux olympiques de 2020. Un programme de stages professionnels à destination des pays en voie de développement devrait être prolongé, selon un projet de loi actuellement en discussion à la Diète (le Parlement, NdlR). Démarré en 1993, il est rapidement devenu un moyen pour certaines entreprises japonaises de contourner le Code du travail et d'embaucher à bas coûts de la main-d'œuvre étrangère. La nouvelle loi devrait néanmoins renforcer les contrôles en la matière.

A ce jour, plusieurs centaines de milliers de personnes y ont participé, en majorité d'origine chinoise, et une hausse de 20 % a été enregistrée entre début 2013 et mi-2015. Afin d'attirer aussi des cadres de haut niveau, un visa spécial a également été instauré en 2012. Il offre la possibilité d'exercer plusieurs activités et permet d'obtenir beaucoup plus rapidement un visa de résident permanent - véritable sésame pour toute personne souhaitant s'installer sur le long terme au Japon. Néanmoins, le nombre de bénéficiaires reste peu élevé : à peine quelques centaines par an.

A ce jour, les étrangers ne représentent que 2 % de la population totale du Japon, dont beaucoup de Coréens y vivant depuis des générations. Et bien que l'archipel n'ait toujours pas officiellement pris en considération la possibilité d'accueillir plus d'immigrants, un déclin de la population qui risque de s'accélérer pourrait bel et bien forcer les politiques nippons à entamer sérieusement des discussions à ce sujet.

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