Un monument de Vienne cachait un message pronazi

Blaise Gauquelin Correspondant à Vienne Publié le - Mis à jour le

International

L’Autriche a découvert un document pronazi caché dans le socle en béton du plus important monument aux morts de Vienne, théâtre des commémorations annuelles. Le Soldat gisant, édifié en 1935 dans la crypte de la place des Héros, rend hommage aux combattants de l’Empire austro-hongrois tombés lors de la Première Guerre mondiale. Comme beaucoup de ses compatriotes dans les années 30, le sculpteur Wilhelm Frass devait souhaiter très fort un prompt rattachement de l’Autriche à l’Allemagne : lors de l’édification de sa statue, il a dissimulé dans le plus grand secret un message pangermaniste à la gloire de Hitler.

Il y évoque la "force éternelle du peuple allemand" : "Puisse le Seigneur, [ ] après toute l’humiliation, mettre fin à l’indicible et triste querelle fratricide et conduire au plus haut notre peuple uni sous le signe du soleil noir ! Alors, camarades, vous ne serez pas tombés en vain".

Comme un pied de nez à la démocratie et à la paix, des dizaines de dirigeants se seront inclinés tour à tour devant ce poème nauséabond, resté lové septante-sept ans dans sa mini-douille en cuivre.

La révélation, spectaculaire, est embarrassante pour l’Autriche sur un plan politique. Le Soldat gisant, situé à l’endroit même où Hitler prononça l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche à l’Allemagne en 1938, a toujours été le lieu de recueillement de la puissante extrême droite autrichienne. Le 8 mai de chaque année, des centaines de membres du FPÖ et de corporations estudiantines nostalgiques du IIIe Reich y organisent en toute légalité une veillée au flambeau, mutique et impressionnante. Visiblement, à l’inverse du ministère de l’Intérieur, le FPÖ connaît depuis longtemps la présence du petit morceau de papier sous la dalle.

La crypte de la place des Héros doit être réaménagée de fond en comble en vue de la prochaine fête nationale, le 26 octobre, et de la traditionnelle cérémonie qui s’y tient en présence du chef de l’Etat. Il s’agit d’effacer toute référence historique déplacée. En juin, le nom d’un criminel de guerre nazi a été retiré d’un registre dédié aux victimes de la Seconde Guerre mondiale. Et, début juillet, une prestigieuse artère de Vienne, qui portait encore le nom d’un ancien maire antisémite, a été débaptisée.

Les Verts et une partie des sociaux-démocrates s’attaquent frontalement au FPÖ, crédité de 23 % des intentions de vote pour les élections législatives de 2013. Ils ont médiatisé la condamnation par la justice d’un néonazi à 18 mois de prison ferme. Il avait fait le salut hitlérien sous le nez du président du FPÖ, Heinz-Christian Strache, lors d’un discours que ce dernier avait prononcé en 2010.

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