International

C’est peu de le dire, le processus de paix au Proche-Orient est au fond d’une impasse et personne ne voit plus comment l’en sortir. D’où la proposition d’un mouvement de citoyens israéliens et palestiniens de repenser son approche dans un cadre nouveau, hors de schémas de pensée habituels. "Le modèle basé sur la séparation (des deux peuples) a échoué. Nous avons besoin d’une nouvelle approche pour régler ce conflit, une approche venant de la base, plus juste et plus morale", expose le journaliste israélien Meron Rapoport, l’un des fondateurs du mouvement Two states One homeland, qui rassemble des Palestiniens et des Israéliens issus de tous les champs sociétaux et lassés de la rhétorique politique et des efforts diplomatiques "qui n’apportent rien de neuf depuis plus de vingt ans", estime l’activiste israélien Eliaz Cohen, un autre fondateur de ce mouvement né dans la foulée de la vague de contestation sociale de l’été 2011 en Israël, alors que les "printemps arabes" déferlaient. Les deux hommes font partie d’une délégation en visite cette semaine à Bruxelles, afin d’exposer sa vision aux autorités belges et européennes.

"Les modèles belge et européens nous intéressent. Notre fonctionnement s’en inspire. Comme le modèle que nous proposons", note Eliaz Cohen, un activiste qui réside dans un kibboutz niché dans les collines de Judée. Et pour cause. Le mouvement, constitué de groupes d’Israéliens et de Palestiniens qui travaillent séparément pour une cause commune, souhaite créer une confédération de deux Etats souverains et indépendants. Cette union de deux Etats, baptisée Palestine/Israël, partagerait une patrie historique et culturelle commune, selon les frontières basées sur les limites du 4 juin 1967 (avant la guerre des Six-Jours), ces frontières étant ouvertes à tous. Dans un tel cadre, chacun citoyen, israélien ou palestinien, pourrait circuler et s’installer librement où que ce soit sur le territoire confédéral.

Résoudre des problèmes persistants

L’union serait dotée d’institutions communes chargées des préoccupations mutuelles comme la sécurité, l’économie, les affaires sociales ou l’environnement. Jérusalem serait, quant à elle, la capitale commune et unifiée des deux Etats, grâce à une gestion commune et paritaire assurée par chacun d’eux. Pour les promoteurs de Two states One homeland, ce nouveau paradigme doit se substituer à la vision ancienne, qui envisage les solutions habituelles: à deux Etats, coupés l’un de l’autre, ou à un Etat, binational.

N’était son caractère utopique, cette vision dispose d’atouts certains. Elle résout d’un coup les problèmes toujours pendants près de 70 ans après la création d’Israël, à l’image du retour des réfugiés palestiniens sur leurs terres et de la présence des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés. Elle apaise aussi les angoisses sécuritaires israéliennes tout comme les frustrations palestiniennes de ne disposer que d’une portion congrue de la Palestine historique. Elle prévoit aussi des instances de réconciliation visant à réparer les injustices du passé. Bref, cette nouvelle vision basée sur une patrie commune va dans le sens de l’inclusion de tous. Et qui s’est promené sur ces terres, de part et d’autre des barrières de sécurité de Cisjordanie et de Gaza, sait que l’histoire, l’identité et la culture des uns et des autres sont inextricablement liées.

"Nos principes reposent sur une reconnaissance mutuelle. Ils respectent le narratif historique des Palestiniens et des Israéliens et leur attachement commun à la terre de Palestine", affirme Eliaz Cohen. "Si vous demandez à des enfants palestiniens et israéliens de cinq ou six ans de dessiner la carte de la Palestine ou d’Israël, chacun d’eux va dessiner la même carte. Seul le nom change. Cette patrie doit donc être partagée et pas divisée", soutient l’activiste, précisant qu’il était contre les Accords d’Oslo parce qu’ils tendaient à "effacer cet attachement à cette patrie partagée et enracinée dans notre héritage commun".

Un langage basé sur ce qui rassemble

C’est sur ces références communes que le mouvement espère construire un autre dialogue pour résoudre le conflit. "Les mots utilisés depuis vingt ans ne veulent plus rien dire. Une expression comme ‘solution à deux Etats’ sonne comme une coquille vide. Notre but est de lui redonner du sens mais dans un autre cadre", résume Meron Rapoport. Le mouvement propose donc une autre approche langagière, basée sur des références communes plutôt que sur des différences, afin d’établir un nouveau dialogue au-delà des divisions. "Le mur a accentué la division et la connaissance de l’autre en rompant le dialogue qui existait entre Palestiniens et Israéliens. Nous avons besoin de nous reparler avec un langage commun", souligne le Palestinien Nasri Barghouti, directeur d’un institut de formation actif dans les nouvelles technologies, situé à Ramallah. "Le mur n’a pas fait de nous de meilleurs voisins, il a accentué la diabolisation mutuelle, chacun se demandant quel monstre vit de l’autre côté", renchérit Eliaz Cohen.

Le mouvement tente bien sûr d’injecter ses principes dans le champ politique israélien et palestinien. Sans intention, jusqu’ici, de se constituer en parti.