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Toutes les 30 secondes, un enfant africain décède du paludisme. Chaque année, cette maladie, également appelée malaria, tue plus de 2,5 millions de personnes dans le monde, dont 90 pc en Afrique, où elle constitue la principale cause de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans. Environ 40 pc de la population mondiale y sont exposés. C'est dire si l'on attend avec impatience la venue d'un vaccin.

Parue dans la revue médicale britannique «The Lancet» de ce samedi 16 octobre, une étude menée, entre avril 2003 et mai 2004, auprès de 2022 enfants âgés de 1 à 4 ans, a mis en évidence les résultats encourageants d'un candidat vaccin.

Si l'on ne peut que se réjouir d'une telle nouvelle, il convient toutefois de l'accueillir avec un enthousiasme tempéré, et ce pour plusieurs raisons. A commencer par le taux d'efficacité du RTS, S/AS 02A, le candidat vaccin mis au point par les laboratoires GlaxoSmithKline Biologicals, basés à Rixensart, dont les recherches dans le domaine ont démarré il y a une quinzaine d'années.

Taux d'efficacité limité

Les essais, menés en double aveugle au Mozambique, ont porté sur deux groupes constitués, chacun, de 1011 enfants, auxquels ont été administrés des médicaments permettant d'éliminer toute trace du parasite dans l'organisme. Le premier groupe a reçu trois injections du vaccin de GSK sur une durée de trois mois, tandis que l'autre moitié de l'échantillon s'est vu administrer d'autres candidats vaccins.

Les enfants ont été suivis pendant environ six mois, au cours desquels ils ont été soumis à des prises de sang régulières. Au terme de cette période, les chercheurs ont conclu à une efficacité du vaccin contre les manifestations cliniques de la malaria de l'ordre de 30 pc. L'efficacité contre la première infection par le Plasmodium falciparum, le parasite à l'origine du plus grand nombre de cas de malaria en Afrique, est de 45 pc et de 58 pc contre les formes sévères.

Au terme des six mois de suivi, le taux d'infection est resté plus faible (12 pc) parmi les enfants vaccinés par ce produit que parmi ceux de l'autre groupe (19 pc). Très élevé après les trois injections, le nombre d'anticorps avait chuté de 75 pc six mois plus tard, mais une protection subsistait. Enfin, on n'a constaté aucun décès parmi les enfants du groupe GSK alors que quatre enfants sont morts dans le groupe de contrôle.

Les chercheurs ont souligné le fait que le vaccin s'était révélé particulièrement efficace chez les enfants de moins de deux ans. Pour ce groupe, qui est précisément le plus menacé, la fréquence des crises graves de paludisme a été réduite de 77 pc.

Si ces résultats sont incontestablement encourageants, dans la mesure où ils ont démontré que le vaccin était bien toléré et capable de susciter une réaction immunitaire, des études complémentaires devront néanmoins être réalisées avant de soumettre le vaccin aux autorités afin de vérifier qu'il s'avère sûr chez les nourrissons, utilisable à grande échelle et compatible avec d'autres médicaments. Par ailleurs, comme le faisait remarquer un responsable de GSK, lors d'un récent colloque qui se tenait à l'Institut Pasteur à Paris, «pour assurer une véritable immunité, un vaccin attaquant le parasite à ce stade de l'infection doit être efficace à 100 pc».

Pas avant 2010

Enfin, bien que cet essai ait le mérite de démontrer qu'un tel vaccin n'est pas une utopie, il faudra toutefois attendre l'an 2010, au moins, avant de le voir commercialisé. Et les spécialistes ne cachent pas le fait qu'il ne permettra ni d'éradiquer le paludisme, ni d'être immunisé à vie, mais plus exactement de ramener l'infection à des proportions permettant de la contrôler.

«Il est clair qu'on ne luttera pas contre le paludisme d'une seule façon. On n'y parviendra pas seulement avec des médicaments, pas seulement avec un vaccin ou des moustiquaires. On y arrivera vraiment en combinant tout cela», a pour sa part déclaré Geoff Targett, spécialiste du paludisme à l'Ecole de médecine tropicale de Londres, qui n'a pas participé à l'étude, ajoutant : «Nous devrons peut-être vivre avec le parasite, mais dans une configuration où les décès et les crises graves seront très rares. C'est probablement comme cela que les choses évolueront.» L'avenir nous le dira.

© La Libre Belgique 2004