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C'est un sondage sidérant : il a été réalisé pour l'association Emmaüs et ses résultats ont été publiés jeudi dans le quotidien "L'Humanité" et le périodique chrétien "La Vie". Cette enquête indique qu'en France, pays faisant partie pourtant des six nations les plus riches du monde, un habitant sur deux considère comme "très possible" de devenir un jour sans-abri.

Seuls 17 pc des sondés assurent que "jamais" ils ne finiront à la rue. Un peu plus d'un Français sur trois (35 pc) seulement pense qu'il a "peu de chance" que cela lui arrive. La proportion de sondés craignant de devenir SDF grimpe à 51 pc chez les femmes, à 62 pc chez les 35-49 ans (soit dans la tranche d'âge où l'on est censé avoir atteint le sommet de sa carrière professionnelle) et à 74 pc chez les ouvriers.

Cette perspective effraie d'autant plus les sondés qu'une infime minorité d'entre eux (17 pc) croit que l'avenir des SDF va s'améliorer ces prochaines années, alors que les intéressés sont eux à 77 pc optimistes sur l'évolution de leur sort. Un Français sur deux a aussi le sentiment que le nombre de sans-abri a augmenté dans sa commune. Et plus de huit Français sur dix (85 pc) font un diagnostic identique à l'échelle cette fois du pays tout entier.

Ce sondage survient la semaine où "Les Restos du Coeur" a lancé sa campagne hivernale.

Se loger ou... manger

Les statistiques de l'association caritative bien connue à la fois justifient et expliquent la hantise des Français pour la précarité. L'an dernier, les "Restos" ont servi le chiffre astronomique de 75 millions de repas à plus de 670 000 personnes dans le besoin, soit une hausse de 6,3 pc par rapport à l'année précédente. Parmi ces nécessiteux, figuraient beaucoup de nouveaux pauvres : des gens qui, sans doute, croyaient ne jamais en arriver là. En effet, 48 pc des personnes accueillies par "Les Restos" en 2005-2006 s'y inscrivaient pour la première fois.

Le sentiment d'insécurité sociale des Français a sans doute aussi été alimenté par l'accroissement récent (traditionnel à l'approche des fêtes de fin d'année) de la couverture médiatique consacrée à la grande précarité. Tous les Français ou presque ont ainsi pu voir, ces derniers jours à la télé, ces reportages dramatiques sur des SDF vivant à deux pas du flot automobile incessant du boulevard périphérique parisien, en bordure duquel l'on recense une quinzaine de campements de sans-abri. Rien qu'à Paris, la municipalité comptabilise 5 000 places d'hébergement manquantes pour les SDF.

A l'échelle du pays, selon les derniers chiffres officiels (que les associations jugent très largement sous-estimés), l'on dénombre 86 000 SDF et 800 000 personnes qui, vivant aujourd'hui dans un logement ordinaire, ont déjà passé dans leur vie au moins une nuit dehors ou dans un centre d'hébergement. Parmi ces SDF, 30 pc ont un emploi stable. Mais, vu la flambée de l'immobilier, doivent choisir entre se nourrir ou se loger.