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CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS

Venant d'un ministre depuis toujours draconien envers les clandestins et qui impose à son administration une «politique du chiffre» chaque année plus ambitieuse -le cap des 25 000 illégaux reconduits aux frontières sera franchi en 2006-, survenant en outre le jour même du début de l'examen par le Sénat de son si controversé projet de loi sur l'«immigration choisie», l'annonce par Nicolas Sarkozy mardi de sa décision de ne pas expulser, comme prévu début juillet, quelques centaines d'enfants scolarisés de sans-papiers a fait grand bruit.

Sont concernés une partie de ces adolescents qui, comme leurs parents, bénéficiaient jusqu'à la fin de l'année scolaire du moratoire décidé l'automne dernier par le ministre de l'Intérieur, relatif aux expulsions d'enfants de clandestins en cours de scolarité. Ce moratoire avait été décidé à la suite de la médiatisation de quelques cas de jeunes expulsés, médiatisation découlant elle-même de la mobilisation des condisciples et personnels de leurs écoles et d'une frange de la société civile.

Cette année encore, à l'approche de la fin de l'année scolaire, le 30 juin, un mouvement similaire s'activait dans l'Education contre ces expulsions annoncées. Plus vaste et mieux organisé encore que l'an dernier, relayé jusque par des églises, des syndicats et des organisations très consensuelles et donc populaires d'entraide aux démunis, il menaçait de prendre de gênantes proportions (médiatiques, notamment) pour le pouvoir.

«Une humanité limitée»

Nicolas Sarkozy a donc décidé de le déforcer en épargnant les enfants de sans-papiers nés en France, y ayant toujours été scolarisés et ne parlant pas la langue du pays d'origine de leurs parents. Leur régularisation d'office n'est pas promise, mais leurs dossiers seront examinés au cas par cas et, s'ils sont avalisés, ils bénéficieront d'une autorisation provisoire de séjour. Au total, quelque 700 familles seraient concernées. Les enfants ne répondant pas à ces critères seront eux, comme prévu, expulsés; ils seraient au nombre de 10 000 selon leur réseau de soutien. Dès lors, ces associations, tout comme la gauche, ont jugé mardi «insuffisant» le geste d'«humanité très limité» du ministre, et l'ont accusé de cyniquement «faire son marché» dans la précarité, via le recours à des critères de régularisation «aléatoires et discrétionnaires».

Il n'empêche, ce faisant, le ministre de l'Intérieur a déminé un dossier délicat et adouci son image, tout en ne cédant rien sur l'essentiel de sa politique migratoire, formalisé par son projet de loi. Il aura aussi damé le pion à la gauche et surtout au Parti socialiste, dont les présidentiables sont divisés et donc inaudibles sur la question des sans-papiers.

En 2003 déjà, en abolissant la double peine -qui punissait à l'exil les étrangers ayant purgé leur peine de prison-, Nicolas Sarkozy avait embarrassé la gauche. Même si, dans les faits, depuis, cette réforme emblématique et ultra-médiatisée n'a été appliquée qu'à des catégories très restreintes d'étrangers et de manière très irrégulière sur le territoire par une administration tatillonne. Qui continue, loin des caméras, à éloigner des étrangers frappés d'une interdiction de territoire.

© La Libre Belgique 2006