International Mehrdad Arefani est accusé dans l’affaire du projet d’attentat à Villepinte.

Un poète iranien, exilé en Belgique depuis le début des années 2000, a été inculpé par la justice belge de tentative et de préparation d’attentat terroriste, a appris vendredi "La Libre Belgique". Arrêté le 30 juin en France, Mehrdad Arefani a été extradé vers la Belgique quelques jours plus tard, selon le parquet fédéral. Il a comparu jeudi devant la chambre du conseil, qui a confirmé le mandat d’arrêt.

Son arrestation a eu lieu le même jour que l’interpellation retentissante d’un couple iranien à Stockel, dans la banlieue bruxelloise. Amir Sadouni, 38 ans, et Nasim Naami, 33 ans, sont soupçonnés d’avoir voulu commettre un attentat dans la soirée du 30 juin contre un grand rassemblement de l’opposition iranienne à Villepinte-Paris Nord. Le poète est considéré par le parquet fédéral comme leur "complice présumé".

Cinq cents grammes de TATP, l’explosif habituel des terroristes islamistes, avaient été retrouvés dans la Mercedes du couple à Stockel, assez pour faire des dégâts importants dans un rassemblement où parlaient notamment Rama Yade, ancienne secrétaire d’Etat française aux droits de l’homme, Louis Freeh, l’ancien directeur du FBI, ou encore, Newt Gingrich, ex-président de la Chambre des représentants des Etats-Unis.

Le projet d’attentat a été déjoué grâce à la Sûreté de l’Etat, en collaboration avec les services de renseignement allemand et français (DGSI).

Un dissident très actif

On savait qu’un homme avait été arrêté également en France, mais on ignorait qui il était et qu’il vivait en Belgique. Mehrdad Arefani est l’auteur d’un livre, "Travail au noir" paru en 2015 aux éditions L’Harmattan. Il a participé à plusieurs événements littéraires à Paris, a fondé une association "SOS Iran", diffuse ses écrits via les réseaux sociaux et se présente, parallèlement, comme un "ouvrier polyvalent". Selon un CV publié sur le web, il a travaillé à Bruxelles comme réparateur de moteurs électriques en 2005-2006 et administrateur de site en 2011-2012.

Le plus étonnant est que le "complice présumé" est présenté comme un dissident de longue date du régime des mollahs qui a été en prison à Téhéran et qui a fui l’Iran en 2000 pour Istanbul, puis Sarajevo, l’Italie, et enfin Bruxelles, où il vit depuis 15 ans, selon le site britannique exiledwriters.

A-t-il été "retourné" par les services de renseignement iraniens ? "Utilisé" sans connaissance de cause ? Est-il innocent ? Le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) le disculpe légèrement en affirmant que "sa femme, qui s’est séparée de lui, était liée à un officier du Renseignement iranien". Mais la justice belge maintient bien son inculpation.

Une affaire rocambolesque

En tout cas, cette affaire devient de plus en plus rocambolesque. Car le couple arrêté à Stockel et vivant dans la région anversoise a lui aussi tenté plusieurs fois d’infiltrer l’opposition iranienne, non seulement l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien (MEK) mais aussi la coupole qui coiffe toute l’opposition en exil, le CNRI. Selon l’opposition, Amir Sadouni est venu en Europe début 2000 et a travaillé pour des compagnies maritimes. Il aurait été recruté par sa future femme, issue d’une famille proche des services de renseignement iraniens.

Au sommet de cette petite cellule, selon les enquêteurs allemands et belges, figure Assadollah Assadi. Ce diplomate avait rang de troisième secrétaire à l’ambassade d’Iran à Vienne et a été arrêté, le 30 juin également, sur une aire de l’autoroute A3 en Allemagne. Selon les procureurs allemands, qui ont également ouvert leur enquête le 12 juillet, M. Assadi est en fait membre du ministère iranien du Renseignement (MOIS) dont la principale tâche est "l’observation intensive et la lutte contre des groupes d’opposition à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran".

L’affaire a suscité une grande et discrète activité diplomatique de l’Iran, qui souhaiterait que son diplomate soit rapatrié en Autriche où il bénéficie de l’immunité diplomatique. Les ambassadeurs de France, de Belgique et d’Allemagne ont été convoqués à Téhéran, pour explications.