Un "rôle majeur" à jouer pour la Belgique

Christophe Lamfalussy, envoyé spécial à Lubumbashi Publié le - Mis à jour le

International

Les dirigeants congolais "sont convaincus que la Belgique peut jouer un rôle majeur" pour aider à pacifier l’Est du Congo, où l’armée nationale fait face à de nombreux groupes armés, parfois soutenus par le Rwanda, "et nous allons tenter de jouer ce rôle majeur", a déclaré le Vice-Premier ministre belge Didier Reynders à l’issue d’une rencontre avec le président Kabila, mercredi à Lubumbashi.

Le ministre belge a été le seul à s’exprimer après cette réunion, en partie en tête-à-tête, qui a duré près d’une heure et demie dans le jardin d’une des résidences katangaises du président congolais, une ancienne demeure de la Gécamines. Kabila s’est refusé à toute déclaration : "La prochaine fois !", a-t-il lancé.

Le ministre belge a dû patienter plusieurs heures, mercredi matin, et faire finalement un retour précipité en bimoteur d’une mine de cuivre et de cobalt qu’il visitait à 180 km de Lubumbashi pour rencontrer M. Kabila, mais ce rendez-vous était important dans le périple qui mènera le ministre belge jusqu’à Kigali, samedi, où il devait rencontrer pour la première fois le président rwandais Paul Kagame.

Pressé de questions par la presse congolaise sur le fait que la Belgique n’a toujours pas suspendu son aide au Rwanda comme l’ont fait plusieurs pays, Reynders continue de préserver sa marge de manœuvre tout en montant graduellement en puissance. "Le Rwanda doit démontrer qu’il est possible d’avoir une force internationale qui rende étanche la frontière et apporte le calme non seulement à l’égard du M23, mais aussi à tous les groupes armés qui sont actifs à l’Est du Congo " , a-t-il dit. Le Belge croit qu’une force internationale doit être déployée le long de la frontière, avec la collaboration du Rwanda.

L’Onu a déployé au Kivu une force de 18 500 hommes, la Monusco. Celle-ci coûte 1,4 milliard de dollars par an, mais n’a pour mandat que de protéger les civils et non pas de combattre le M23, déclare son porte-parole Madnodje Mounoubai. "Même si nous suivons cela de près, nous ne sommes pas concernés. On a aucun état d’âme concernant cette situation". Plus de 300 000 personnes ont été déplacées par les combats depuis que le M23 a lancé ses opérations en avril dernier.

Les Congolais souhaitent une force plus musclée, mais le Rwanda joue de son côté les prolongations. Kigali profite de la grande faiblesse des forces congolaises. Les 17 000 soldats déployés à l’Est voient leur paie être détournée par des commandants locaux, devenus des "seigneurs de la guerre", selon Didier Reynders.

Kabila s’apprêterait à faire tomber des têtes dans l’armée. Le président congolais s’est dit déterminé, à plusieurs reprises, à combattre "l’indiscipline, l’intolérance, la concussion, la gabegie financière et la corruption". Mais beaucoup de Congolais ne comprennent pas pourquoi un Président né au Kivu a toléré cet effondrement de l’armée à l’Est du pays, une armée qui a dû fuir devant 400 à 600 rebelles, privée de soutien logistique. "Au Kivu, les soldats ont parfois reçu des ordres inexpliqués d’arrêter leur progression", assure un journaliste congolais.

Depuis qu’il est arrivé au Congo, dimanche, Reynders s’est abstenu de tout propos incendiaire. "J’ai des prédécesseurs qui l’ont fait et cela n’a pas marché", dit-il, en référence à Karel De Gucht, déclaré persona non grata au Congo en janvier 2009. Depuis 2010, le fil se renoue: huit personnalités belges, dont le roi Albert II, se sont rendues au Congo et on assiste, en tout cas à Lubumbashi, à l’arrivée croissante de ressortissants belges dans le pays. Un peu plus de mille Belges vivent aujourd’hui dans la capitale du Katanga sur un total de 4 500 dans tout le Congo.

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