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Le Royaume-Uni n’est pas encore décidé à prendre la porte de l’Union, que l’Ecosse se prépare déjà à y entrer par la fenêtre. Mardi, le Premier ministre britannique David Cameron quittait, pour la dernière fois, la table du Conseil européen, dans une ambiance de cérémonie mortuaire. Sans doute sa chaise était-elle encore chaude, lorsque la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon déambulait ce mercredi dans les couloirs des institutions européennes, cherchant à renforcer les liens avec l’Union en vue d’y trouver, éventuellement, une place pour sa nation.

"Si on en vient à un point où l’indépendance (du Royaume-Uni, NdlR) est le seul moyen de rester dans l’Union, les Ecossais devraient avoir la possibilité de faire ce choix", a-t-elle déclaré ce 29 juin, devant le slogan "Scotland in Europe" et des drapeaux écossais et européen cousus ensemble. A croire que David Cameron a si bien vendu l’idée du "Better together" ("Mieux ensemble") aux Ecossais, lors du référendum sur l’indépendance en 2014, qu’ils ont choisi d’en faire usage pour convaincre les Européens.

Le marathon entamé par la "First minister" à Bruxelles a commencé par une rencontre avec le président du Parlement européen Martin Schulz pour se terminer par un tête-à-tête avec celui de la Commission Jean-Claude Juncker. "On est à peine mercredi, et nous avons déjà rencontré tout le monde", se réjouit une source écossaise.

Pas de rencontre avec Tusk

Tout le monde, ou presque. Donald Tusk, président du Conseil européen, était, lui, absent du carnet de rendez-vous de Nicola Sturgeon, estimant que "ce n’est pas encore le bon moment". "Il a à côté de lui des Etats inquiets qui ne veulent pas se prononcer sur la situation interne britannique. Et Londres veut monopoliser la représentation du Royaume-Uni pour parler du Brexit", analyse la source écossaise. A l’heure où les Européens tentent de ne pas trop enfoncer le clou sur la situation déjà pénible de David Cameron, une rencontre entre son "homologue" écossaise et Donald Tusk serait tombée comme un cheveu dans la soupe.

Et aurait crispé le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy qui, refusant que l’UE donne du grain à moudre aux indépendantistes catalans, s’est insurgé contre toute négociation avec les Ecossais. Prudents, le Parlement et la Commission se sont d’ailleurs refusé à tout commentaire après la visite de la dirigeante du Parti national écossais.

Il n’empêche que Mme Sturgeon a indiqué avoir trouvé à Bruxelles "beaucoup de portes ouvertes et de sympathie". "Il y a un changement de cap par rapport à 2014, où l’Union regardait d’un mauvais œil l’indépendance de l’Ecosse", affirme également le diplomate écossais.

Dans les couloirs des institutions, certains font peu d’efforts pour cacher leur sourire à l’idée de voir les eurosceptiques récolter ce qu’ils ont semé. Quel meilleur moyen d’empêcher un effet domino du Brexit à travers le continent que d’afficher la carte déchirée du Royaume-Uni ? "Tant mieux si l’Ecosse devient indépendante, comme ça on reste à vingt-huit. Ça fait deux ans que je le dis : l’UE va continuer à exister, mais le Royaume-Uni pas", lance un diplomate européen.

L’indépendance avant le divorce

La même source précise que les juristes du Conseil se sont déjà penchés sur les possibilités qui s’offrent à Edimbourg. "Si les Ecossais se dépêchent, deviennent indépendants avant que le processus de séparation entre Londres et l’Union ne s’achève et déclarent être liés par l’acquis communautaire, ils pourraient rester dans l’UE sans difficultés en reprenant le statut du Royaume-Uni." Bref, plus Londres traînera des pieds, plus l’Ecosse aura du temps pour préparer le terrain de son adhésion à l’Union. Et plus elle aura de chance de convaincre les plus réticents des Européens, agacés par les titubations interminables des Britanniques.