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C’est, une fois encore, le procès d’un ressortissant de la République démocratique du Congo qui s’ouvre ce mercredi devant la Cour pénale internationale (CPI). Bosco Ntaganda, 42 ans, un seigneur de la guerre en Ituri (nord-est du Congo) devenu général de l’armée congolaise au Kivu (est du Congo) après un passage dans un autre mouvement armé, est poursuivi pour des crimes de guerre et contre l’humanité commis sous sa première casquette, en 2002-03. Pas pour sa seconde carrière.

Général de l’armée

Bosco Ntaganda, né au Rwanda de parents Tutsis congolais réfugiés, était en 2002-03 le "numéro deux" de la milice du parti UPC de l’ethnie Hema, en guerre contre l’ethnie rivale des Lendus en Ituri. Le chef politique de l’UPC, Thomas Lubanga, premier accusé de la CPI, avait été condamné en mars 2012 à 14 ans de prison.

C’est cette condamnation qui avait poussé Bosco Ntaganda, devenu le "numéro deux" de facto de l’armée congolaise au Kivu (voir photo) en raison de ses qualités militaires, à se mutiner. Ce qui avait mis fin au refus de Kinshasa de livrer à la CPI cet homme si précieux.

La cour le réclamait depuis 2006. Mais, en dépit des pressions internationales, le président Kabila refusait de respecter les engagements du Congo et de livrer son officier. Le poste occupé par Bosco Ntaganda était un embarras constant pour l’Onu puisque la CPI, qu’elle a créée, accusait l’officier de crimes, tandis que la Monusco (casques bleus de l’Onu au Congo) était amenée à collaborer avec lui au Kivu - ce qu’elle chercha à éviter.

Il avait fallu près d’un an pour que le mutin soit défait militairement. On ne donnait pas cher, alors, de sa peau : l’homme connaissait trop de secrets politico-militaires congolais et rwandais et beaucoup s’attendaient à ce que sa mort soit annoncée. Mais "Bosco", comme il est appelé au Congo, a, une nouvelle fois, surpris ses adversaires.

Le 18 mars 2013, il s’était en effet rendu discrètement à l’ambassade des États-Unis à Kigali, en demandant à être livré à la CPI - bien que Ntaganda, dit une source qui l’a approché, "soit fondamentalement un bouvier attaché à sa terre et ses vaches, qui n’est jamais allé à Kinshasa et ne s’est jamais éloigné de plus de 500 km de sa région d’origine", le Nord-Kivu.

Polémique sur la CPI

Entre-temps, la CPI a étoffé son dossier. Poursuivi en 2006, comme Thomas Lubanga, pour le recrutement d’enfants-soldats pour l’UPC, il est maintenant accusé d’avoir joué "un rôle central" dans les meurtres de près de 800 personnes tuées dans la zone aurifère de Mongbwalu (Ituri) parce qu’il s’agissait de Lendus; d’avoir violé et réduit en esclavage sexuel des jeunes filles de moins de 15 ans, enfants-soldats de sa propre milice.

Des voix se sont élevées pour s’indigner de ce que Ntaganda ne soit poursuivi que pour des crimes commis en Ituri - et pas pour ses actes au Kivu, sous le képi d’officier de l’armée congolaise. D’autres mettent en cause la stratégie du procureur de la CPI, qui focalise ses enquêtes sur un type de crime ou un lieu, pour limiter le travail de ses services, mais risque ainsi de voir acquitter l’accusé, faute d’avoir pu prouver un crime particulier, comme cela s’est déjà produit.

Objet de rejet par l’Union africaine en raison de son obsession à ne poursuivre que des Africains, la CPI avait recommandé en mars dernier que le procès de Ntaganda se tienne en partie au Congo pour "rapprocher le travail judiciaire de la Cour des communautés les plus affectées". Elle a dû y renoncer.