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ENVOYÉ SPÉCIAL À LONDRES

Au deuxième jour de la crise ouverte par un nouveau complot terroriste dirigé contre les Etats-Unis et leurs alliés britanniques, c'est davantage la désorganisation du trafic aérien et, plus généralement, l'avenir des déplacements en avion (et du bagage à main!) qui faisaient l'essentiel des conversations à Londres, plutôt que les conséquences géopolitiques de ces attentats avortés.

Faute de victimes, c'est au demeurant le coût économique de ceux-ci qui retient l'attention et de nombreux experts estiment d'ores et déjà qu'il sera suffisamment lourd pour parler d'une victoire des terroristes. Au point, peut-être, d'amener ces derniers à revoir leur stratégie et à considérer que perturber gravement la vie quotidienne et l'activité économique dans le monde occidental peut être un objectif en soi.

Si la situation fut moins chaotique vendredi que la veille dans les aéroports et certaines gares de Grande-Bretagne, elle est restée suffisamment confuse pour reléguer à l'arrière-plan la poursuite de l'enquête, laquelle n'a guère livré vendredi d'informations spectaculaires hormis le gel des avoirs de 19 des 24 personnes arrêtées, le fait que cinq suspects seraient toujours en fuite, dont le cerveau présumé du complot, et, s'il faut en croire le journal «Evening Standard», la date fixée par les terroristes pour frapper plusieurs villes américaines: le 16 août. Des précisions ont, par contre, été données sur les circonstances qui ont permis de déjouer le complot. La surveillance a commencé au lendemain des attentats de juillet 2005, à Londres, au départ d'une information provenant de la communauté musulmane elle-même, et c'est l'arrestation au Pakistan de deux citoyens britanniques originaires de ce pays, ainsi que de quatre Pakistanais, qui a précipité l'intervention des autorités britanniques.

Si les commentateurs sont naturellement unanimes à louer la vigilance du gouvernement et le travail des forces de sécurité, certains ne cachent pourtant pas leur perplexité, voire leur scepticisme, quant à l'ampleur exacte de la menace qui a plané sur le pays. Le quotidien «The Independent» rappelle ainsi les échecs monumentaux et répétés des services de renseignement britanniques, du conflit en Ulster aux armes de destruction massive en Irak, pour se permettre un léger doute sur l'exactitude de tout ce qui est annoncé aujourd'hui de source officielle. Et d'exprimer le souhait «d'en savoir plus».

Absence de Tony Blair

Le débat a également pris une dimension de politique intérieure. Certains médias s'interrogent sur l'absence de Tony Blair et tous s'étonnent de l'ascendant brusquement pris par le secrétaire à l'Intérieur, John Reid, aussi omniprésent qu'était royalement absent le vice-Premier ministre John Prescott, censé pourtant assumer l'intérim du pouvoir en l'absence du chef du gouvernement. Or, la politique extérieure de ce dernier est de nouveau vigoureusement mise à mal. La presse populaire dénonce à l'envi l'engagement en Irak, qui expose davantage les Britanniques aux représailles terroristes, tandis que d'autres soulignent la coïncidence entre l'annonce du complot déjoué et la publication d'un rapport accablant de la Chambre des Communes sur le manque de moyens des troupes britanniques déployées en Irak. Le rapport est logiquement passé inaperçu...

Ce qui ne passe pas inaperçu, ce sont les perquisitions qui se sont poursuivies à Londres, à High Wycombe, au nord-ouest de la capitale, et dans les Midlands, contribuant à maintenir une tension palpable au sein de la communauté musulmane. Un incendie, rapidement éteint, dans une mosquée de Chester est d'emblée venu rappeler que le danger immédiat pour l'ordre public reste la haine raciale attisée par les événements des derniers jours. Aussi la police est-elle non seulement déployée dans les aéroports, mais aussi dans les quartiers de Londres où la population musulmane est particulièrement importante. Et le secrétaire à l'Intérieur s'est fait un devoir de rappeler que la solidarité, face à un péril commun, demeurait «l'atout le plus précieux» de tous les Britanniques.

© La Libre Belgique 2006