International Oxfam est sous le feu des projecteurs après les révélations du journal britannique The Times qui dénonce le fait que des employés de l'organisation humanitaire auraient eu recours à des prostituées à Haïti pendant une mission humanitaire.

Des travailleuses du sexe auraient participé à des orgies dans des logements et des hôtels payés par l'ONG. C'était en 2010 après le séisme qui avait fait près de 300.000 morts ( RELIRE LES DETAILS ). Selon The Observer, la version dominicale du Guardian, des collaborateurs d'Oxfam auraient également payé des prostituées lors de soirées au Tchad. Enfin, ce mardi Helen Evans, directrice de la prévention interne à Oxfam entre 2012 et 2015, a dénoncé sur Channel 4 l'existence d'une "culture d'abus sexuels au sein de certains bureaux", faisant état de viols ou tentatives de viols au Soudan du Sud ou d'agressions sur des mineurs bénévoles dans des magasins tenus par l'ONG au Royaume-Uni.

"Je n'ai pas été surprise"

La journaliste Shaista Aziz vient de publier une opinion dans le Guardian. Ancienne humanitaire pendant plus de 15 ans notamment pour Oxfam, elle affirme que ces révélations ne l'ont pas fait tomber des nues. "Je n'ai pas été surprise. Je n'ai pas non plus été surprise lorsqu'il est apparu clairement que cela avait été dissimulé et que d'autres allégations d'abus sexuel, d'intimidation, de harcèlement dans le secteur ont rapidement suivi. Ne vous méprenez pas - ces histoires sont écoeurantes - mais la plupart des gens dans le secteur auront entendu parlé de rumeurs sur ce genre de comportement."

Après avoir travaillé en Haïti, en Syrie, au Liban, au Bangladesh, au Tadjikistan et en Jordanie, Shaista Aziz reconnaît qu'elle a "eu le privilège de rencontrer des gens incroyables, brillants" mais ce n'est pas le cas de tous. "Il y avait une culture où l'intimidation était légion, les femmes étaient souvent rabaissées et le racisme était habituel. Et ce n'était pas seulement chez Oxfam. Cela s'est produit dans de nombreuses organisations pour lesquelles j'ai travaillé."

La jeune femme explique avoir dénoncé plusieurs fois ce climat sans qu'apparemment "rien ne soit fait." Elle dénonce notamment le fait que "la culture du silence reste très présente".

"Les vannes sont ouvertes"

Cela devrait changer car après cette affaire, selon elle, l'espoir renaît. "Grâce aux courageux lanceurs d'alerte dont beaucoup sont des femmes, les vannes sont maintenant ouvertes. Il sera impossible de retenir toute l'information sur les cultures opaques et préjudiciables qui ont permis à une activité criminelle potentielle, l'exploitation sexuelle, le harcèlement et d'autres comportements odieux de prospérer", espère-t-elle.

Dans cette opinion, elle affirme enfin que plusieurs femmes l'ont contacté pour lui parler. "Pratiquement aucune ne dévoilera son nom par crainte de représailles professionnelles ou pour éviter qu'on appelle à couper le financement des organisations humanitaires britanniques. Ce n'est clairement pas la réponse, car le secteur fait un travail si important. Mais on a besoin d'une organisation indépendante correctement financée afin d'enquêter sur ces allégations de harcèlement et d'abus sexuels. Les femmes ont besoin de savoir qu'elles seront crues et pas blâmées."

Depuis la révélation de ces scandales, la directrice générale adjointe d'Oxfam a démissionné .