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Jeudi dernier, le Parlement cubain a réélu Fidel Castro, âgé de 76 ans, à la tête de l'Etat pour une nouvelle période de cinq ans. Son frère Raul, 71 ans, a été confirmé à la vice-présidence. Un refrain connu dans ce pays de onze millions d'habitants, l'un des derniers refuges de l'utopie communiste dans le monde. En cette période de remous internationaux et de contestation de l'hyperpuissance américaine, un regain d'intérêt à l'égard du modèle cubain est perceptible dans les milieux de gauche européens. Si l'on persiste à contester les violations des droits de l'homme et l'absence de pluralisme politique, on n'en salue pas moins les efforts faits en matière d'éducation et de santé. Tout en réclamant toujours une levée de l'embargo américain sur ce pays.

Dans ce contexte, le commissaire européen en charge du Développement, le Danois Poul Nielson, est parti pour une visite officielle dans l'île. Il doit rencontrer notamment Fidel Castro. Ce séjour est l'occasion, dit le commissaire, de faire entrer les relations entre l'Union européenne et Cuba dans une «ère nouvelle». Comme pour symboliser cela, le siège d'une représentation des Quinze a été inauguré à La Havane. Cette présence sera assurée par l'Allemand Sven Kuhn von Burgsdorff.

Une adhésion à Cotonou?

Cuba est le seul pays d'Amérique latine n'ayant toujours pas d'accord de coopération avec l'Union européenne. Seule une action humanitaire y est délivrée par l'entremise d'organisations non gouvernementales. Par contre, sur le plan bilatéral, les pays européens profitent largement de l'absence américaine. Les Quinze représentent plus de 50 pc des investissements étrangers dans l'île. Chaque année, deux millions de ressortissants européens vont y faire du tourisme. L'Union pourrait suivre prudemment ce mouvement.

Selon Poul Nielson, la nouvelle orientation des Quinze envers Cuba devrait permettre à La Havane de recevoir entre 15 et 20 millions d'euros annuels pour «moderniser et réformer l'économie, la sécurité alimentaire et le développement de la société civile». Pour mémoire, le dialogue politique entre l'Union européenne et Cuba avait été réamorcé lors de la présidence belge, en décembre 2001. Plus largement, les portes de l'accord de Cotonou - qui lie l'Union européenne aux pays d'Afrique-Caraïbes-Pacifique - pourraient s'ouvrir à moyen terme. Après avoir introduit une première fois la demande en l'an 2000, le président Fidel Castro avait fait marche arrière suite au vote par les Européens d'un rapport critique de la commission des droits de l'homme de l'Onu. Récemment, la demande a été réintroduite par le régime cubain. Tout dépendra cependant des progrès faits en matière de droits de l'homme dans un pays dont l'un des plus importants dissidents, le chrétien Oswaldo Paya, vient de recevoir le prix Sakharov du Parlement européen.

© La Libre Belgique 2003