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Encore trois mois à attendre, pour celui qui patiente déjà depuis plus de trente ans. Jeudi, le tribunal d’application des peines a fixé à la mi-janvier sa décision sur le sort de celui qui fait partie des détenus qui, en France, purgent de très longues peines d’emprisonnement : il est derrière les barreaux depuis 1975.

Philippe El Shennawy, c’est son nom, a donc déjà passé 38 années derrière les barreaux. Pour un braquage de banque (sans effusion de sang) commis alors qu’il était âgé de 21 ans. Cela lui valut une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité. Peine à laquelle s’ajoutèrent ensuite deux nouvelles condamnations à de la prison, pour des évasions momentanées. Ce sexagénaire cumule tant de peines de longue durée que si, en janvier, est rejetée sa demande de remise en liberté (moyennant le port d’un bracelet électronique), il ne sera libre qu’en 2032. Après, donc, une soixantaine d’années d’emprisonnement.

"Enterré vivant"

Depuis plusieurs semaines, dans la perspective de l’audience de justice tenue jeudi, l’épouse de Philippe El Shennawy - qui l’a épousé en prison - fait les studios de radio et les plateaux de télévision, pour clamer combien est "insupportable" le sort réservé à son époux. Elle a formé un comité de soutien, composé de plusieurs personnalités, qui milite pour un geste de clémence en sa faveur. Comité qui a trouvé un emploi dans une association pour Philippe El Shennawy, si d’aventure il sortait un jour de prison et en état de travailler.

L’intéressé lui-même multiplie les grèves de la faim, afin de sensibiliser à son sort. Il a commis aussi plusieurs tentatives de suicide. Il se décrit comme "enterré vivant" par l’administration pénitentiaire. Et considère qu’une durée aussi longue de détention, passée et à venir, n’est autre que "de la torture mentale et physique".

De facto, c’est "une condamnation à mort, même s’il n’y a pas de bourreau pour l’exécuter", selon un de ses anciens avocats. Très inquiet à l’idée que son ex-client, si "désespéré", réussisse à mettre fin à ses jours sans même attendre la décision de la mi-janvier.

De plus en plus longtemps

Au-delà du cas de Philippe El Shennawy, le système carcéral français se caractérise par son nombre sans cesse croissant de détenus condamnés à de très longues peines de prison.

Ainsi, entre 1996 et 2006, a plus que triplé la proportion de prisonniers incarcérés pour une durée allant de vingt à trente ans. Les condamnés à la perpétuité sont, eux aussi, plus nombreux : un demi-millier aujourd’hui, contre 300 en 1979. Et la durée effective de détention de ces condamnés à la perpétuité est tout autant en augmentation : de la période 1960-1970 à 1995-2004, cette durée est passée de 17,2 ans à 19,5 ans.