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Une petite fille belgo-marocaine de 3 ans, Yasmine, est devenue l’otage d’un drame familial sous fond de djihad en Syrie - et sa mère vit un véritable cauchemar.

Au mois de mai dernier, Yasmine a été enlevée à Saint-Josse par son père Mehdi Atid alors qu’il était sous contrôle judiciaire et portait un bracelet électronique. L’homme était radicalisé et venait de passer deux mois en prison. Il était séparé de sa femme.

Sordide affaire...Non seulement le père a commis un rapt parental, mais il est parti également en Syrie en compagnie d’une jeune fille marocaine d’Uccle, âgée de 14 ans, Firdaous Bouhaltite Soulaïmane, ont révélé les journaux du groupe Sud-Presse et RTL-TVI. La disparition de Firdaous avait fait l’objet d’un appel de Child Focus. Elle est en Syrie et serait enceinte.

Dans un premier temps, ces deux affaires avaient été considérées comme séparées par le Parquet de Bruxelles, mais elles ont été entre-temps jointes à la suite des informations qui sont parvenues aux enquêteurs.

Grâce à de faux documents, Atid et sa jeune compagne, emportant Yasmine, ont réussi à quitter la Belgique en autobus via l’Allemagne, l’Italie, la Grèce et la Turquie.

Ils se trouvent actuellement dans le camp d’Omar Diaby, dit « Omar Omsen », un djihadiste français d’origine sénégalaise. Surnommé « Cheikh Google » pour ses prêches sur internet, cet homme est accusé d’avoir enrôlé des dizaines de Français en Syrie. Il a aussi simulé sa mort afin de pouvoir être soigné en Turquie.

Le camp d’Omar Diaby se trouve dans la petite ville syrienne de Harim, à 3,5 kilomètres seulement de la frontière turque. On ignore le nombre de ses combattants et si Diaby a voulu instaurer là un début de califat ou un gynécée. Mais la zone où il est basé se trouve en tout cas sous le contrôle du groupe Tahrir al-Sham, une coupole de groupes salafistes armés, proches idéologiquement d’Al-Qaïda.

La mère de Yasmine a tout tenté pour faire rapatrier sa petite fille. Elle a porté plainte dès la disparition de sa fille. Elle a alerté les Affaires étrangères, mais n’a pas réussi à contacter les ministres Koen Geens et Didier Reynders, a-t-elle dit ce vendredi sur RTL-TVI. Elle a été en contact avec le groupe via des intermédiaires. Elle a fait parvenir des petites coupures - plusieurs milliers d’euros - à des passeurs, en espérant qu’ils parviendraient à faire passer la petite fille vers la Turquie. Ces derniers lui ont même transmis une photo où l’on voit Yasmine, côté syrien, le long du mur qui sépare les deux pays. Las, ce n’était qu’un subterfuge pour obtenir de l’argent d’une mère désespérée.

Comme la situation est en train d’évoluer dans le nord de la Syrie, plus précisément dans la région d’Idleb, l’activiste belge Bahar Kimyongür estime que la Turquie pourrait jouer un rôle positif dans cette affaire. Originaire de la province de Hatay, Kimyongür connaît bien la région et a tenté d’aider plusieurs familles dont les fils et filles étaient partis en Syrie.

« On est dans une phase du conflit où on peut négocier la libération de Yasmine », dit-il. Il fait référence au fait que la région où Yasmine est retenue par son père fait partie des quatre « zones de désescalade » définies par la Russie et l'Iran -alliés du régime de Damas- et par la Turquie -soutien des rebelles-, pour parvenir à un cessez-le feu durable en Syrie. Selon lui, la Turquie sait parfaitement bien ce qui se passe de l’autre côté de la frontière.


«Cet article était initialement illustré par la photographie de la mineure d’âge sujette de l’article. Une plainte a été déposée auprès du Conseil de Déontologie Journalistique au motif que cette illustration, si elle se justifiait pleinement lorsque la mineure était disparue, ne se justifiait plus dès lors qu’elle fut retrouvée. Nous avons donc pris soin de retirer toutes les photographies de cette mineure d’âge, afin que son droit à l’image en tant que mineure soit respecté.

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