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Comme une traînée de poudre, le mouvement de contestation anti-européen après la publication de caricatures du prophète Mahomet dans des journaux s'est encore étendu vendredi. L'illustration la plus spectaculaire de ce phénomène a été donnée à Jakarta, la capitale de l'Indonésie, où de 150 à 300 manifestants - à vrai dire, un groupuscule - ont saccagé le hall d'entrée de l'immeuble abritant l'ambassade du Danemark, d'où le scandale est parti. Autre démonstration de l'expansion de la protestation: des milliers de manifestants ont défilé dans les rues de Karachi, au Pakistan, où le Parlement a adopté une résolution condamnant la publication des dessins. Par ailleurs, les territoires palestiniens sont restés un foyer d'agitation particulièrement virulente. Des milliers de protestataires ont manifesté à Gaza à l'appel du Hamas, le mouvement islamiste vainqueur des élections, scandant des slogans haineux du style: «Que les mains qui les ont dessinées (les caricatures, NdlR.) soient tranchées». Dans la même ville palestinienne, le Centre culturel français a été la cible d'un jet de grenade pendant la nuit de jeudi à vendredi. La sortie des mosquées après la prière du vendredi a généralement donné lieu à des manifestations, à Jérusalem, en Iran, en Jordanie, au Liban ou encore au Maroc, où un millier de personnes ont manifesté dans le calme.

Des exhortations entendues ou des slogans lus lors de ces rassemblements, il ressort que les musulmans perçoivent la publication des caricatures dans le journal danois, puis leur parution dans d'autres quotidiens comme l'illustration que l'Europe nourrit une profonde haine à leur égard. Dans leur démarche, ils ont reçu vendredi un soutien sans équivoque de la Maison-Blanche, pas si inattendu que cela quand on prend en compte la constante référence au religieux de bon nombre de membres de l'administration Bush. «Ces dessins constituent effectivement une insulte aux croyances des musulmans», a déclaré un porte-parole de la Présidence, Kurtis Cooper. «Nous reconnaissons et respectons entièrement la liberté d'expression mais elle doit être combinée à la responsabilité de la presse. Inciter de cette façon à la haine ethnique ou religieuse n'est pas acceptable». Un sentiment apparemment partagé puisque la presse américaine n'a pas publié les caricatures de la discorde.

© La Libre Belgique 2006