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La Commission européenne nous promet-elle vraiment 15 ans de récession ? Il y a quelques jours, les déclarations du ministre Paul Magnette (PS) dans “La Libre” ont fait l’effet d’une petite bombe. D’abord parce qu’il n’est pas dans les habitudes de la Belgique d’attaquer de front les instances européennes. Ensuite, parce que ces déclarations donnaient à penser que la Belgique ne tiendrait pas ses promesses européennes de rigueur. “Des propos de nature à accentuer encore un peu plus la pression des marchés sur la dette belge”, devait commenter un professionnel. Mais au-delà du coup de gueule, Paul Magnette disait tout haut ce que de plus en plus d’observateurs pensent tout bas. Et si la Commission se trompait... ? Si son diagnostic n’était pas le bon et si les remèdes apportés faisaient plus de mal que de bien ? Paul Magnette a d’ailleurs reçu le soutien inattendu de Paul De Grauwe, l’économiste, ancien sénateur VLD, qui a soutenu que la Commission “fait fausse route” en s’accrochant à tout prix à une orthodoxie par trop rigide. “L’austérité ne fait qu’aggraver les choses car elle a pour effet de réduire le produit intérieur brut et si le PIB diminue, le rapport avec la dette augmente. Donc, on aura raté l’objectif de réduction des déficits”, soutient-il en substance.

Et, à bien y regarder, on peut effectivement se demander si depuis qu’elle a été imposée en Espagne, au Portugal ou en Grèce, les choses vont réellement mieux. Lors du dernier congrès de l’assureur crédit Coface à Paris, à la mi-janvier, Nicolas Vernicos, le président de la Chambre de commerce internationale en Grèce, avait fait le même constat : “Deux ans après les mesures d’austérité imposées par la troïka, la situation de la Grèce est bien pire qu’avant : notre dette est passée de 115 à 160 % du PIB”.

Evidemment, la Grèce, c’est la Grèce… Mais justement : “Il faut isoler le cas de la Grèce, mais soutenir l’Espagne et l’Italie car la première a un problème de solvabilité mais les autres un problème de liquidités. C’est différent. On prête à ceux à qui il ne faudrait pas prêter. On a transformé une petite coupure grecque en septicémie européenne et on va retomber dans le piège des règles automatiques”. C’est la rapide synthèse du débat qui réunissait, toujours à Paris, l’économiste Patrick Artus et l’ancien débuté européen, le centriste Jean-Louis Bourlanges notamment. Rarement un tel débat n’aura fait autant l’unanimité en pointant un doigt accusateur vers la Commission… et vers l’Allemagne, pétrie des vertus de l’orthodoxie ! Les pouvoirs trop limités de la Banque centrale européenne, incapable de jouer le rôle d’une véritable banque centrale comme la Réserve fédérale des Etats-Unis, sont évidemment au cœur du problème.

Et plus le temps passe, plus la riposte se cristallise autour de l’incapacité de la Commission européenne à régler le problème. “Même pas cap’ !”, en quelque sorte, cette Europe qui confond urgence et précipitation est un mauvais médecin. “OK pour l’austérité, mais il faut donner plus de temps pour revenir à l’équilibre, au risque d’étouffer la croissance”, dit encore le professeur De Grauwe. D’autant que le danger qui guette l’Europe, c’est la récession globale : imposer des mesures d’austérité à l’ensemble de la zone euro pendant la même période risque de provoquer une récession en chaîne qui affectera les pays les plus faibles, y compris en dehors de l’Eurozone. Les économistes estiment notamment que les pays de l’Europe émergente de l’Est risquent de souffrir par ricochet de l’austérité imposée à l’Ouest.

L’agence Standard&Poor’s a d’ailleurs évoqué ce risque global lorsqu’elle a dégradé la majorité des pays de la zone euro, récemment. Elle explique dans sa note que se baser uniquement sur le pilier de l’austérité pour imposer des réformes risque de devenir “auto-destructeur”. Tout simplement parce que la confiance des consommateurs va chuter en même temps que la demande intérieure, et donc faire baisser les recettes de l’Etat.

Mais la situation pourrait tourner à l’avantage de l’Europe si cette cure d’austérité, provoquant un affaiblissement de l’euro, permettait de s’inscrire malgré tout dans le sillage de la reprise mondiale. Dans le sillage des Etats-Unis, par exemple, alors que Barack Obama semble vouloir faire de la reprise économique le moteur de sa campagne. Mais c’est loin d’être acquis.

© La Libre Belgique 2012