Valérie Jarrett, la conscience d’Obama

Stéphanie Fontenoy Publié le - Mis à jour le

International Correspondante à New York

A la Maison-Blanche, ce n’est pas l’homme qui raccompagne la femme chez elle, mais l’inverse. Une tâche que Valérie Jarrett assume plusieurs fois par semaine. La conseillère spéciale emboîte le pas du président jusque dans ses appartements privés. Cette influente avocate de cinq ans son aînée, qui avait introduit Barack Obama auprès de l’intelligentsia noire de Chicago, ne lâche plus le "commander in chief" d’une semelle.

Dans l’aile ouest de la Maison-Blanche, centre du pouvoir, Mme Jarrett est sur tous les fronts, petits et grands. Signe de son importance stratégique, elle occupe le même bureau qu’Hillary Clinton du temps de Bill et que Karl Rove, du temps de George W. Bush.

Si M. Rove a été surnommé le "cerveau" de Bush Junior, cette Afro-américaine aux idées libérales est la conscience de Barak Obama. Son rôle est de rappeler à l’homme le plus puissant du monde les principes et convictions qui l’ont fait élire.

A 55 ans, cette mère célibataire détient le titre officiel d’ "assistance du président pour l’engagement public et les affaires intergouvernementales".

Face aux centristes de l’ère clintonienne qui forment une bonne partie de l’administration actuelle, Valérie Jarrett défend un agenda strictement de gauche, ce qui déclenche quelques hostilités au sein du noyeau dur autour du président Obama. Son influence s’étend de la crise financière à la santé, du mariage gay à l’immigration et aux opérations de levée de fond, sans oublier les listes d’invités officiels, qui doivent obligatoirement obtenir son feu vert. C’est à son invitation par exemple que l’économiste Paul Volcker, un personnage très marqué à gauche et partisan de mesures musclées envers Wall Street, est devenu, en pleine crise financière, le directeur du Conseil pour la reconstruction économique de la Maison-Blanche. L’homme a ainsi pu peser sur la réforme bancaire de 2010, une initiative qui a valu à Valérie Jarrett les critiques acerbes de milieux des affaires.

D’autres attaques ont suivi cette année, lors du bras de fer qui a opposé l’Eglise catholique à l’administration Obama dans le dossier de la prise en charge obligatoire du remboursement de la pilule contraceptive dans les polices d’assurance de tous les employeurs, mêmes ceux opposés à cette pratique, comme les universités ou hôpitaux catholiques. Face au lever de bouclier des évêques, la Maison-Blanche avait dû faire partiellement marche arrière. Un échec attribué à la conseillère en chef, qui avait défendu bec et ongles ce qui est pour elle un droit fondamental des femmes à disposer de leur corps.

En 1991, alors qu’elle est directrice adjoint du cabinet de l’ancien maire de Chicago Richard Daley, elle recrute Michelle Robinson, qui deviendra Mme Obama. Issue d’une famille influente de Chicago, elle va prendre le couple sous son aile et sera une force majeure dans la première campagne électorale de Barack Obama pour le Sénat de l’Illinois, siège qu’il décroche en 1997.

Fidèle entre les fidèles, Valérie Jarrett est parfois vue comme une figure maternelle, sorte de mère spirituelle, pour ce président métis en quête d’identité. Mais son autorité sur le milieu clos de la présidence lui donne aussi mauvaise presse. Les médias républicains en ont fait leur souffre-douleur, la taxant de "Tzarine communiste" qui aurait installé des pratiques corrompues à Washington. Ils retiennent ainsi la signature de Valérie Jarrett sur un prêt fédéral garanti de 500 millions de dollars à la firme de panneaux solaires Solyndra, dont George Kaiser, un des principaux investisseurs est aussi un important donateur démocrate. Le "gaspillage" d’argent public suite à la faillite de Solyndra est une des refrains favoris de la campagne de Mitt Romney.

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