Vatileaks : pour aider le Pape ?

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

International

Au Vatican, l’on se prépare lentement mais sûrement au procès du "Vatileaks". Ce sera une grande "première" à en croire le service de presse mais aussi les vaticanistes qui ne se souviennent pas d’en avoir connu un pareil dans l’enceinte même du micro-Etat de 44 hectares.

Il démarrera finalement le 29 septembre prochain et comme on a déjà eu l’occasion de le lire dans "La Libre", l’on ne verra pas seulement dans le box des accusés, l’ex-majordome du Pape, Paolo Gabriele mais aussi un informaticien Claudio Sciarpelletti, accusés le premier d’avoir détourné et délivré à certains médias des documents confidentiels de l’entourage de Benoît XVI voire appartenant directement au Pape lui-même, le second de recel desdits documents.

Pour rappel, Paolo Gabriele, 46 ans, fidèle serviteur du Pape dans tous les sens du terme, jusqu’à l’accompagner dans la papamobile et à être disponible dès l’aube jusqu’à l’heure où le Pape rejoint sa chambre à coucher, avait été arrêté le 23 mai puis détenu pendant 53 jours dans une cellule du palais de justice du Vatican derrière la basilique Saint-Pierre. Il est, depuis le 21 juillet dernier, assigné à son domicile qui se trouve aussi dans l’enceinte du Vatican et où il a pu retrouver ses proches sous de strictes conditions.

Le majordome risque un à six ans de prison pour avoir pris sur le bureau du secrétaire particulier du Pape, Mgr Gänswein, de nombreuses lettres et courriels ultrasecrets, dont certains adressés à Joseph Ratzinger, et de les avoir photocopiés pour les transmettre à l’extérieur.

A ce stade, l’on ne connaît toujours pas le rôle exact de son complice mais à en croire le porte-parole du Pape, le P. Federico Lombardi, sj, il est poursuivi pour recel et "il ne risque donc rien ou peu".

Ce sera un procès public mais question de ne pas provoquer un "buzz" démesuré, les photographes et cameramen ne seront pas autorisés à le couvrir. Quant aux journalistes, pas question non plus d’en faire un barnum planétaire : ils n’y seront admis qu’en "pools".

L’on ose penser que les services judiciaires du Vatican n’y accueilleront pas nécessairement Gianluigi Nuzzi, celui par qui le scandale a connu une explosion planétaire.

Son livre "Sa Sainteté", qui a été traduit récemment et a été publié en français par l’éditeur Privé, reprend en effet les divers remous suscités par les fuites de ces derniers mois. S’il s’y montre discret à propos de ses informateurs, ce journaliste d’investigation très remuant qui agit aussi sur "La 7", une chaîne qui a joué un grand rôle dans le dévoilement des affaires, a été plus bavard dans certaines interviews. Il y reconnaît ainsi avoir obtenu un certain nombre de documents de Paolo Gabriele et ajoute que "ce ne fut pas (sa) seule source mais qu’il n’en dirait pas plus".

Une certitude : dans son livre que nous avons parcouru mais aussi dans les interviews qu’il a accordées, il n’a cessé de prendre fait et cause pour Paolo Gabriele. Mieux, il s’est même interrogé si sa détention est indispensable Pour Gianluigi Nuzzi, "l’ancien majordome est un catholique irréprochable".

S’il a commis des actes condamnables, "il l’a fait pour aider Benoît XVI", commente le sulfureux journaliste. "Il a en effet souffert de voir combien sa foi était loin de la réalité vaticane, de l’exercice du pouvoir. Je pense que c’est par honnêteté qu’il a fait ça, par souci de transparence."

Et lorsqu’on l’accuse lui-même de nuire à l’Eglise, Gianluigi Nuzzi, qui confirme qu’il est baptisé, se défend d’avoir voulu créer le scandale. A ses yeux, en dévoilant les tensions internes à l’Eglise, il estime ne faire que son métier. Et puis tôt ou tard, qu’elle le veuille ou non, l’Eglise sera selon lui amenée elle aussi à se montrer plus transparente. Et le journaliste d’ajouter très sérieusement qu’il verrait bien encore ces changements sous le pontificat de Benoît XVI si Dieu lui prête vie pendant quelques années encore.

"Oui , a-t-il précisé à des confrères de "Metro" (France) car c’est lui qui a essayé de mettre de la transparence dans l’Eglise, qui fut le premier à dire tout haut que les ambitions humaines du pouvoir mettaient en danger la foi vaticane. C’est lui qui a jeté les pédophiles dehors. C’était inimaginable sous Jean-Paul II."

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