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Le président vénézuélien Nicolas Maduro se préparait dimanche à répondre avec fermeté à la tentative d'attentat dont il dit avoir été la cible la veille, accusant son homologue colombien Juan Manuel Santos d'être responsable et faisant craindre une vague de répression contre ses adversaires.

Selon les autorités vénézuéliennes, l'attentat a été commis avec des drones chargés d'explosifs, samedi à Caracas durant une parade militaire.

"Je n'ai pas de doute que le nom de Juan Manuel Santos est derrière cet attentat", a-t-il assuré, évoquant des "financiers" non identifiés aux Etats-Unis. A Bogota, le gouvernement colombien a catégoriquement rejeté cette accusation, la qualifiant d'"absurde".

"Je peux dire catégoriquement qu'il n'y a eu absolument aucune participation du gouvernement américain là-dedans", a déclaré le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton sur la chaîne Fox. Il s'est dit prêt à examiner d'éventuelles "informations" de Caracas.

"Aujourd'hui on a essayé de m'assassiner", a déclaré M. Maduro lors d'une intervention radio-télévisée, ajoutant : "un objet volant a explosé devant moi, une grande explosion". Selon lui, "une seconde explosion" a ensuite eu lieu.

Dans le même discours, M. Maduro a promis une "punition maximale" à l'encontre des auteurs de l'attaque. "Il n'y aura pas de pardon", a assuré ce président très impopulaire et dont l'économie est à bout de souffle.

Un mystérieux groupe rebelle qui serait composé de civils et de militaires a revendiqué l'action, dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux.

"Nous ne pouvons pas tolérer que la population soit affamée, que les malades n'aient pas de médicaments, que la monnaie n'ait plus de valeur, que le système éducatif n'enseigne plus rien et ne fasse qu'endoctriner avec le communisme", assure ce texte. Celui-ci est signé du "Mouvement national des soldats en chemise", jusque-là inconnu.

Sept militaires ont été blessés et hospitalisés à la suite de l'attaque, a déclaré le ministre de la Communication Jorge Rodriguez.

"Abrite-toi !"

Les Vénézuéliens ont pu voir M. Maduro, en direct à la télévision gouvernementale, interrompre son discours.

En pleine allocution, après une détonation, M. Maduro, son épouse Cilia Flores et les hauts gradés qui les entouraient sur une estrade ont regardé vers le ciel, l'air surpris et inquiet.

"Abrite-toi, abrite-toi!", lance alors un membre de l'escorte présidentielle à M. Maduro, qui répond: "Allons à droite !".

Après quoi la caméra a montré plusieurs centaines de soldats en train de rompre soudainement les rangs et de se mettre à courir sur l'avenue où se déroulait l'événement, dans une certaine confusion. La télévision d'Etat a ensuite coupé la retransmission.

Des photos diffusés ultérieurement sur internet montrent des soldats escortant le président en le protégeant à l'aide boucliers, et un militaire la tête ensanglantée.

Selon le ministre de la Communication, "une charge explosive (...) a détoné à proximité de l'estrade présidentielle" et d'autres charges ont explosé en plusieurs endroits de la parade militaire.

M. Maduro "en est sorti complètement indemne et se trouve en ce moment en train d'effectuer son travail habituel", a déclaré le ministre.

Lors de son intervention postérieure, M. Maduro a fait état de plusieurs arrestations.

Outre le président colombien Santos, il a accusé des personnes vivant selon lui aux Etats-Unis. "Les premières investigations nous indiquent que plusieurs des financiers (de l'attentat) vivent aux Etats-Unis, dans l'Etat de Floride", a encore déclaré M. Maduro.

"J'espère que le président Donald Trump est disposé à combattre les groupes terroristes", a-t-il ajouté. Mais, a insisté M. Maduro, l'attaque "a été ordonné de Bogota".

Sept blessés 

Le gouvernement a aussi accusé "l'extrême droite", expression par laquelle il désigne l'opposition vénézuélienne, d'être impliquée dans cet "attentat".

Quelques minutes après les événements, les forces de sécurité étaient en train d'inspecter un immeuble qui se trouvait à proximité et dont la façade était noircie, a constaté l'AFP.

L'incident est survenu dans un contexte social et politique particulièrement tendu. Au Venezuela, tous les voyants économiques sont au rouge vif depuis des années. L'inflation pourrait atteindre 1.000.000% fin 2018, selon le Fonds monétaire international (FMI), alors que le PIB devrait s'effondrer de 18%.

Aliments, médicaments ou biens de consommation courante: la pénurie est généralisée dans ce pays où les services publics, des soins à l'électricité, en passant par l'eau ou les transports, se sont fortement dégradés.

L'incident intervient en outre le jour du premier anniversaire de la très contestée Assemblée constituante vénézuélienne qui a permis au gouvernement d'asseoir son pouvoir et de neutraliser l'opposition.

Allié de M. Maduro, Cuba a été un des premiers pays à réagir, exprimant son "entière solidarité" au président vénézuélien face à cette "tentative d'attentat". La Russie, l'Iran et la Turquie, également proches de Caracas, ont fermement condamné cette "tentative d'assassinat", selon Moscou. Madrid, qui parle de "faits violents", a réprouvé "tout type de violence à des fins politiques".