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ÉCLAIRAGE

Le terrorisme, on le sait, justifie un certain nombre de mesures qui touchent malheureusement non à la seule liberté des terroristes, mais à celle de toutes et tous.

La discussion qui consiste à fixer la limite admissible de cette régression n'est pas neuve, mais prend ces jours-ci une dimension accrue, notamment à la réunion des ministres européens de la Justice et des Affaires intérieures, réunis ces 1er et 2 décembre.

C'est que, au-delà de ce qui a déjà été fait pour les passeports, la présidence britannique de l'UE veut imposer le fichage biométrique sur les cartes d'identité nationales des citoyens des Vingt-cinq, voire même y implanter une puce «RFID» (Radio frequency identification). En clair, il s'agit d'intégrer au moins deux empreintes digitales du titulaire du document sur celui-ci, ainsi que d'y installer éventuellement une puce électronique permettant la lecture des informations contenues dans la carte d'identité. Mais sans contact avec celle-ci, c'est-à-dire à (petite) distance. Et, donc, au besoin même à l'insu de celui qui la porte! D'autant plus inquiétant qu'une telle puce peut également contenir des informations digitalisées relatives au visage ou à la voix...

Comme le dénonçait la semaine passée déjà le député belge André Frédéric (PS), à l'occasion d'une réunion de travail préliminaire, il est donc désormais question d'étendre la surveillance des individus au-delà de ce que la culture occidentale suppose. Le député socialiste se fâchait car, sans compter l' «ineptie financière qu'il y aurait pour les communes à changer une nouvelle fois des cartes qui sont précisément en train de l'être à grands frais», ces mesures «bafoueraient complètement la présomption de confiance mutuelle».

Big Brother is watching you

L'Association européenne pour la défense des droits de l'homme (AEDH) s'en émeut aussi et sonne l'alarme: «Big Brother is watching you». Ce «grand frère» terrible, un Etat né dans la science-fiction, serait, si ces mesures étaient prises, techniquement équipé pour surveiller les citoyens, quelque barrière légale qu'on instaure.

«Une telle atteinte aux libertés et droits fondamentaux des citoyens est intolérable. La lutte contre le terrorisme, l'immigration irrégulière et le trafic de faux papiers ne peuvent se faire à leur détriment», rugit l'AEDH dont le président, le Belge Dan Van Raemdonck, maudit le projet INES («Identité nationale électronique sécurisée»).

La dimension ultra-sécuritaire embête aussi les citoyens. Ainsi, le «Collectif de résistance à la puce» (Crap, sur www.stoppuce.be), né en janvier 2004, envoie aujourd'hui une lettre à tous les bourgmestres de Belgique dans l'espoir qu'ils suscitent le débat dans les communes. En son nom, Marie-Rose Cavalier (ancienne députée wallonne Ecolo) explique que «la carte à puce est déjà une réalité pour beaucoup, mais il ne s'agit pas d'une puce active. Elle pourrait cependant le devenir facilement, comporter des données financières et médicales, avec le risque que chacun soit finalement «lu» et identifié par quasi n'importe qui et quasi n'importe comment».

De plus, «ceux qui conçoivent ces puces envisagent même de les placer directement dans le corps». Des projets en ce sens ont déjà existé...

Bref, se rapproche-t-on du moment où on traitera les personnes comme le bétail ? Et n'est-ce pas considérer a priori les gens comme des criminels? Deux questions sans doute sans nuances mais que se posent, désormais, nombre de citoyens. L'Europe se permettra-t-elle ce genre de doute?

© La Libre Belgique 2005