Victoire relative pour les Palestiniens

RENÉE-ANNE GUTTER Publié le - Mis à jour le

International

CORRESPONDANTE À JÉRUSALEM

Tandis qu'Israël poursuit son retrait du Liban et reste divisé sur les acquis de cette guerre, les islamistes palestiniens fêtent la victoire du Hezbollah. Pour le Hamas, elle est «la victoire de la Palestine». Mercredi, des milliers de Gazaouis ont marché triomphalement dans les rues de leur ville, brandissant côte à côte les drapeaux du Hezbollah et du Hamas, du Liban et de la Palestine.

Cependant, les tensions restent vives dans les territoires palestiniens, tant au sein des factions locales qu'avec Israël. Les frictions entre le Hamas (qui contrôle le gouvernement) et le Fatah (qui contrôle la présidence) ne sont toujours pas résorbées. Des rixes entre hommes armés des deux bords font presque chaque jour des morts et blessés au sein de la population palestinienne. Mais ce mercredi, après de longues réticences, le président Abbas et le Premier ministre Hanyé ont décidé de rouvrir les négociations en vue de former un gouvernement d'union nationale. Cela, afin de sortir l'Autorité palestinienne de l'isolement dans lequel la tient la communauté internationale depuis l'arrivée au pouvoir des islamistes.

Les négociations seront néanmoins ardues, car le Hamas exige de garder le poste de Premier ministre et la majorité des portefeuilles. Il refuse aussi de remanier le gouvernement tant qu'Israël n'aura pas relâché les ministres, députés et autres officiels palestiniens arrêtés depuis l'enlèvement du caporal israélien, Guilad Chalit, le 25 juin.

Pour Israël, toutefois, pas question de libérer qui que ce soit tant que les Palestiniens n'auront pas relâché le caporal. Et la guerre au Liban n'a pas empêché l'armée israélienne de poursuivre les opérations qu'elle a lancées le 28 juin, à Gaza et en Cisjordanie, pour récupérer l'otage et mettre fin aux tirs de roquettes palestiniennes sur le sud d'Israël.

Les bouclages, incursions, arrestations, frappes aériennes ont fait jusqu'à présent plus de 200 morts (pour la plupart des civils dont 46 enfants) et plus de 800 blessés (dont quelque 230 enfants). Des centaines de détenus se sont ajoutés aux quelque 10 000 Palestiniens emprisonnés en Israël. Des dizaines de logements, bâtiments publics, routes, ponts ont été détruits.

Jeudi, M. Abbas a affirmé que les factions palestiniennes avaient accepté de réduire la violence contre Israël. Mais toujours pas de nouvelles de l'otage. Ses ravisseurs veulent l'échanger contre au moins 600 prisonniers palestiniens et poursuivent les tractations via des médiateurs égyptiens.

La fin du retrait unilatéral?

De façon générale, les Israéliens sont unanimes: la «mésaventure» au Liban obligera le gouvernement Olmert à redéfinir ses projets avec les Palestiniens. Notamment, à revoir sa conception de retraits unilatéraux. Il y a un mois, M. Olmert assurait qu'il maintenait son plan de repli unilatéral en Cisjordanie. Il croyait alors en une victoire écrasante au Liban, qui dissuaderait les Palestiniens de suivre l'exemple du Hezbollah au cas où Israël leur céderait davantage de territoire. Mais aujourd'hui, si le gouvernement Olmert insiste encore pour quitter la Cisjordanie sans entente bilatérale ou accord de paix avec les Palestiniens, pas de doute - selon tout l'éventail parlementaire - qu'il précipitera sa propre chute politique.

D'autant plus qu'une commission d'experts, nommée par le gouvernement encore avant la guerre au Liban, est récemment arrivée à la conclusion qu'un retrait unilatéral de Cisjordanie ne ferait qu'entraîner des complications légales, sécuritaires et économiques.

© La Libre Belgique 2006

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