International La consultation nationale "Arrêtons Bruxelles !" se poursuit en tentant de ne pas froisser l’UE.  

La vidéo postée par Viktor Orbán le 6 mai sur sa page Facebook a été vue 728 000 fois. Elle met en scène une visite minutieusement préparée du Premier ministre à une octogénaire vivant seule à la campagne. "Je suis femme d’Imre Csúcs", se présente-t-elle, selon l’usage qui veut que les femmes hongroises d’un certain âge se présentent avec le nom de leur mari. "Je suis Viktor Orbán", répond le Premier ministre. "Je vous vois tous les soirs à la télé", répond-elle, ravie. La scène se passe dans un petit hameau dépeuplé et entouré par les vergers et par une nature luxuriante, aux confins orientaux de la Hongrie. Quelques centaines de mètres à l’Est, c’est la Roumanie et une quinzaine de kilomètres au Nord, c’est l’Ukraine.

L’administrée, surnommée tante Bözsi (prononcer beuji), présente à son Premier ministre les conserves qu’elle prépare elle-même, ses cochons et l’intérieur rustique d’une demeure paysanne modeste mais digne, comme il y en a beaucoup dans les campagnes de Hongrie et d’Europe centrale et orientale. "Si seulement il y avait une élection chaque année. Je voterais à chaque fois pour Viktor Orbán, s’exclame tante Bözsi. Ma fille me demande ‘mais pourquoi Mamie ?’ Parce que quand les élections approchent, généralement nos retraites augmentent un petit peu".

"Et moi je les augmente ?", questionne innocemment le visiteur du jour.

"Oh, oui, à chaque fois, Dieu merci !"

"Et je vous ai aussi envoyé un chèque-cadeau à la fin de l’année, vous vous souvenez ?"

"Oui, 10 000 forints ! (Trente euros). Alors que Gyurcsány, lui, il avait supprimé notre 13e mois !".

La vidéo Facebook a suscité de nombreuses réactions, souvent outrées, parfois attendries. A commencer par celle de l’ancien Premier ministre socialiste mis en cause, Ferenc Gyurcsány, qui a rétorqué à la vieille femme : "Vous devez mal vous souvenir, tante Bözsi, ce n’est pas moi qui aie supprimé le 13e mois, mais mon successeur Gordon Bajnai".

En dépit d’une politique sociale favorable aux revenus aisés, Viktor Orbán se pose plus que jamais en défenseur des petites gens marginalisées dans les années 90 par le passage au capitalisme et à la mondialisation. "Son attitude relève plus du paternalisme que du populisme stricto sensu. Il ne multiplie pas les promesses à l’emporte-pièce dans le but d’accumuler les votes. Il se pose plutôt en protecteur, en garant des intérêts de la nation face aux agents extérieurs", explique la politologue Júlia Lakatos dans le webjournal Hulala.

Orbán est-il en train de reculer face à l’UE ?

Le parti au pouvoir bat donc la campagne pour promouvoir sa "consultation nationale" intitulée "Arrêtons Bruxelles !", véritable tour de chauffe avant les élections législatives qui auront lieu dans un an. Un million de questionnaires a été retourné sur huit millions d’électeurs, a communiqué un secrétaire d’Etat cette semaine. Soit plus que la "consultation nationale sur l’immigration et le terrorisme" menée au printemps 2015. Un signe selon lui que ses questions - "d’une stupidité rarement vue", de l’avis de l’eurodéputé du PPE Frank Engel - sont pertinentes et importantes pour l’avenir de la Hongrie. Il semble toutefois que les mises en garde effectuées à la fin du mois d’avril par le Parlement et la Commission de l’Union européenne, mais également par le Parti Populaire européen - dont le Fidesz est membre - ont fait effet. Les grandes affiches "Arrêtons Bruxelles !" ont prématurément disparus du paysage et le vote d’une loi controversée sur les Organisations non-gouvernementales financées de l’extérieur a été repoussé à une date non-précisée.