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Trop is te veel. C’est en résumé le message que le groupe du Parti populaire européen (PPE) a transmis au Premier ministre hongrois Viktor Orban, invité à s’expliquer ce samedi matin sur les récentes législations controversées adoptées par son gouvernement. “Nous n’acceptons aucune attaque contre la liberté académique”, a déclaré Manfred Weber, président du groupe de centre-droite au Parlement européen, faisant référence à la nouvelle loi hongroise sur l’éducation, qui pourrait provoquer la fermeture de l’Université d’Europe Centrale (CEU). Et d’ajouter que le chef du gouvernement hongrois “doit présenter des solutions et changer de comportement”.

Respecter les recommandations de la Commission

Alors que les inquiétudes à l’égard de la politique du Fidesz, parti au pouvoir en Hongrie et membre du PPE, se multiplient, les chrétiens-démocrates européens se devaient de monter le ton face aux dérives autoritaires de Viktor Orban. “Il s’est toujours arrêté avant de franchir la ligne rouge, mais il ne cesse de s’en rapprocher. Il y a un moment où il faut que ça s’arrête”, expliquait une source du groupe ce vendredi. L’heure a donc été à la fermeté lors de la discussion à huis clos entre Viktor Orban et Joseph Daul, leader du PPE, ainsi que les Présidents du Conseil, de la Commission et du Parlement européens, Donald Tusk, Jean-Claude Juncker et Antonio Tajani, également membres du PPE.

Ainsi, M. Orban a-t-il été exhorté à se conformer, que cela lui plaise ou non, aux exigences exprimées par l’exécutif européen dans sa lettre adressée au gouvernement hongrois, lettre qui a officiellement marqué le lancement une procédure d’infraction contre Budapest. “Qu’il soit d’accord ou pas avec les recommandations de la Commission n’est pas une priorité du PPE. La priorité du PPE est qu’il les respecte. C’est ce que nous attendons et c’est ce qu’il s’est engagé à faire”, a expliqué Siegfried Muresan, porte-parole de Joseph Daul, précisant que la plus grande famille politique européenne surveillera de près les moindres faits et gestes du Premier ministre hongrois.

Silence radio du côté de Budapest

Nos demandes répétées pour connaître les impressions de Budapest à l’issue de cette réunion sont restées lettre morte. Plusieurs sources ont indiqué que Viktor Orban aurait assuré ses partenaires européens que sa nouvelle loi sur l’éducation ne représentait pas une menace pour la CEU. De quoi laisser planer quelques doutes sur la volonté du Premier ministre hongrois de modifier, voire d’annuler, cette décision - s’exprimant devant des journalistes hongrois, son porte-parole n’a d’ailleurs pas donné de réponse concrète à ce sujet - qui ne pose, à ses yeux, aucun souci démocratique ou de conformité avec les lois européennes.

Tout comme il soutient que le questionnaire “Stoppons Bruxelles”, distribué mi-avril à la population hongroise, n’est en rien une marque d’aversion à l’égard de l’Union. Ce qui n’a pas empêché le PPE de rappeler “d’abord, qu’attaquer Bruxelles n’est en aucun cas acceptable. Ensuite, que la Hongrie fait partie de Bruxelles. Le corps politique le plus important qui prend les décisions à Bruxelles est le Conseil européen, où la Hongrie est représentée par un gentleman nommé Viktor Orban. La Hongrie est également représentée au Conseil des ministres, elle a des eurodéputés au Parlement européen ainsi qu’un commissaire”, a indiqué M. Muresan.

Des “comportements inacceptables” à la pelle

Force est de constater que la liste des “comportements inacceptables” de Budapest n’en finit plus de s’allonger. Tentatives d’intimidation de la presse, menaces à l’égard de l’indépendance de la justice, refus d’accueillir des réfugiés depuis l’Italie et la Grèce, détention systématique de migrants, loi renforçant le contrôle des ONG, déclarations aux teintes antieuropéennes, … Encore la veille de cette réunion, la Hongrie se félicitait d’avoir finalisé son second rempart “anti-migrants” sur la frontière avec la Serbie.

Reste que le PPE a considéré que le moment n’était pas encore venu de diriger le Fidesz vers la porte de sortie, malgré les appels répétés en ce sens lancés par plusieurs eurodéputés et même par certains de ses membres. “Si on l’avait éliminé du groupe, les Hongrois ne se porteraient pas mieux, au contraire. Le fait que le Fidesz fasse partie du PPE est un outil pour dialoguer avec M. Orban et le pousser à s’engager à changer la législation sur les universités”, a expliqué M. Muresan.

Manfred Weber préférait quant à lui vanter les talents de communicateur de Viktor Orban, le disant “ouvert au dialogue”, “contrairement au gouvernement polonais (dirigé par le Parti droit et justice, membre de l’Alliance des Conservateurs et réformistes européens, NdlR) qui ne daigne même pas réagir aux lettres du vice-président de la Commission Frans Timmermans”. Il n’a par ailleurs pas manqué l’occasion de montrer également du doigt le Parti socialiste européen, en demandant que le Premier ministre (socialiste) maltais Joseph Muscat suive l’exemple de Viktor Orban et s’explique devant le Parlement européen sur son implication dans le scandale des “Panama papers”. Ou de l’art de détourner l’attention vers l’assiette des autres.