International Correspondante à Strasbourg

Strasbourg ne sera pas en état de siège ! ", s’insurge Robert Herrmann, premier adjoint au maire en charge de la préparation du Sommet de l’Otan qui se tiendra les 3 et 4 avril prochains entre la capitale alsacienne et les villes allemandes de Kehl et Baden-Baden. Une dimension transfrontalière qui, pour symbolique qu’elle soit, ne simplifie pas l’organisation de l’événement. Elle entraîne notamment la suspension des accords de Schengen et le rétablissement des contrôles aux frontières depuis vendredi et jusqu’au 5 avril. A Strasbourg, la population l’a compris, ces deux jours vont secouer le train-train quotidien. Certains vont fuir la ville, tel ce psychiatre dont le cabinet situé à proximité de la cathédrale ne sera pas accessible aux patients et qui emmène à Paris sa fille elle-même interdite de collège. Beaucoup affirment qu’ils vont "se planquer" . D’autres regrettent d’être exclus de l’événement et de ne pas pouvoir entrevoir la star du sommet : Barack Obama dont ce sera la première visite en France...

Le numéro vert mis en place par la mairie crépite. " Quelque 15 000 appels ", précise Robert Herrmann en soulignant le grand nombre d’interrogations émanant de femmes enceintes inquiètes de savoir si elles pourront rallier la maternité, en évoquant une centenaire dont l’on fêtera l’anniversaire dans un appartement situé en "zone rouge" ou bien encore la "tour" du Crédit mutuel. Cœur financier au niveau européen, il était exclu que celle-ci soit paralysée le temps du sommet. " On s’est organisé" , explique l’élu, "tout comme il a fallu prévoir la maraude des SDF, la distribution des repas, les soins à domicile... "

Seuls les "badgés" seront autorisés à circuler sur les quatre zones où travailleront les chefs d’Etat et de gouvernement; l’accès à la ville sera limité voire bloqué à certains moments, le match Strasbourg-Ajaccio reporté, les mariages déplacés de la mairie au centre administratif nettement moins glamour, la chasse interdite sur tout le Bas-Rhin, les opérations chirurgicales non urgentes reportées... Hôpitaux et médecins ont, en effet, été mobilisés et les établissements ont été "spécialisés" en fonction du public (personnalités, manifestants, population) et du type de blessures en cas d’attentats ou d’affrontements éventuels. Car il n’y a pas que le sommet en lui-même à prévoir, il faut également accueillir les "anti-Otan". De 20 à 60 000 pacifistes, altermondialistes et autres syndicalistes... qui se regrouperont dans un "village" du sud de l’agglomération et manifesteront le samedi selon un parcours qu’ils refusent encore de divulguer.

Leur volonté d’investir le centre-ville se heurte, en effet, au refus - " définitif ", selon Robert Herrmann - des autorités préfectorales et municipales. Syndrome de Gênes ? " Non seulement de Gênes" , répond l’élu, "mais aussi d’Evian, Potsdam... Partout ça a dégénéré et s’il faut laisser sa place à la liberté d’expression, il est essentiel de protéger les biens et les personnes, qu’il s’agisse de la population ou des manifestants ." Si elle ne sera pas en état de guerre, Strasbourg sera donc bel et bien hypersécurisée. Un exercice neuf et de haut vol pour une ville qui n’est pas capitale nationale et dont la dimension réduite accentue l’impact des mesures mises en place. " L’occasion aussi de prouver sa capacité à organiser un grand événement international et une remarquable mise en lumière de sa dimension franco-allemande" , souligne Robert Herrmann en rappelant la mise en place d’un Eurodistrict transfrontalier ainsi que la présence à Strasbourg de l’Eurocorps et de la brigade franco-allemande à Illkirch. Une dimension militaire qui, dit-il, n’est pas incompatible avec la volonté de la ville de s’affirmer comme capitale des droits de l’homme.