International Volets clos, devantures baissées... Vimy (Pas-de-Calais), dont les habitants ont été évacués dans la nuit, était déserte samedi matin, alors que se prépare le départ des munitions chimiques datant de la première guerre mondiale.

Les patrouilles mixtes police-armée et les points de contrôle verrouillant le périmètre de sécurité de trois kilomètres étaient les seules présences humaines visibles. Comme si une catastrophe avait déjà eu lieu alors que les détecteurs placés près des caisse d'obus rouillées ne décelaient aucune émission de substance toxique, selon l'unité de la protection civile qui en assure la surveillance permanente.

Le préfet du Pas-de-Calais, Jean Dussourd, qui s'est approché à quelques mètres des munitions avec des responsables de l'équipe de déminage et des journalistes, a confirmé l'évacuation pendant la nuit de quelque 12.000 habitants des cinq communes et des deux quartiers concernés. Moins de 2.000 ont dû être hébergés dans des hôtels ou des internats de lycées.

"Seules trois dizaines de personnes ont voulu passer la nuit chez elles. Nous leur avons dépêché des équipes de psychologues et j'irais les voir personnellement si nécessaire pour achever de les convaincre".

Le danger va croître avec la manipulation des caisses de plastique gris contenant les obus dont certaines sont affaissées ou fendues.

Très lentement, les cinquante démineurs vont les déposer sur des palettes et les placer dans des conteneurs réfrigérés à moins dix degrés pour stabiliser les gaz de combat liquéfiés.

Les semi-remorques porte-conteneurs chargés des 57 caisses d'obus ne rejoindront le camp militaire de Suippes (Marne) que dans la nuit de dimanche à lundi par les autoroute A26 et A4 qui seront neutralisées.

Dans la base arrière de la sécurité civile et des pompiers à 300 mètres du dépôt de 2.000m2 ouvert à tous les vents mais entourés de grillages et de barbelés, toutes les opérations préliminaires étaient en cours samedi matin.

Des dizaines de véhicules, de citernes, d'engins élévateurs sont agglutinés derrière un silo à grains. Des hommes de la protection civile, masque à gaz autour du cou et spectromètre à la main, sont prêt à intervenir. Ce sont les spécialistes de l'unité de la protection civile de Nogent-le-Rotrou chargés de se porter au secours des démineurs si l'un d'eux entrait en contact avec les gaz toxiques.

Le lieutenant Jean Pierre Malaganne, également chargé de la surveillance des balises de détection placées à quelques centimètre des caisses d'obus, confirme qu'aucune fuite ne s'est produite. "Tous les toxiques sont répertoriés. On sait exactement à quoi on a affaire", explique-t-il.

Au cas où, les pompiers sont prêts à faire retomber les particules de gaz en dressant un mur d'eau avec leurs pompes.

Ivan Consul, chef adjoint de l'unité de déminage du Pas-de-Calais juge "presque nul le risque d'une détonation en chaîne qui ferait exploser une partie du stock".

Les démineurs devront la semaine prochaine s'attaquer à une autre série de caisses en bien plus petit nombre où des munitions pyrotechniques et chimiques sont mélangées et devront être triées avant d'être déplacées.

Les habitants ne pourront regagner leurs logements que dans huit à dix jours mais des sauf-conduits de visites d'une heure sont prévus pour soigner des animaux qui n'ont pu être évacués. Des coqs de combat, 3.000 poules et un élevage de chevreuil sont les bénéficiaires de ces mesures.