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Des images satellites rendues publiques vendredi par Human Rights Watch (HRW) viennent prouver, selon l’ONG basée à New York, que des dizaines de villages rohingyas ont été rasés au bulldozer dans l’ouest de la Birmanie. La région de l’Arakan (ou Rakhine) a été le théâtre l’an dernier de ce que l’Onu a qualifié de "nettoyage ethnique", l’armée birmane décimant la minorité musulmane à la faveur d’une campagne de terreur. Quelque 700 000 Rohingyas ont fui les massacres, viols, pillages et destructions pour se réfugier au Bangladesh voisin, où leurs conditions d’existence sont pathétiques.

"Nombre de ces villages ont été la scène d’atrocités contre les Rohingyas et devaient être préservés afin que des experts nommés par l’Onu puissent enquêter sur ces abus", a souligné Brad Adams, directeur pour l’Asie de HRW. En se fondant sur les images satellite réunies, l’organisation a dénombré au moins 55 villages passés au bulldozer dans le nord de l’Etat Rakhine, autour de la ville de Maungdaw, épicentre des violences. Début février, des photos postées sur les réseaux sociaux par l’ambassadeur de l’Union européenne en Birmanie, Kristian Schmidt, après un voyage officiel dans cette région, avaient déjà révélé des zones entières passées au bulldozer.

Le gouvernement birman assure que ces opérations font partie d’un "plan pour le rapatriement" des réfugiés, lequel est, cependant, considéré avec la plus grande circonspection par les experts et les ONG, alors que les autorités peinent à reconnaître l’ampleur des exactions commises.

L’armée birmane a admis que des soldats et des villageois bouddhistes avaient tué de sang-froid des captifs rohingyas, un premier aveu public de violations des droits de l’homme après des mois de dénégations. L’accès à la zone reste interdit aux journalistes, rendant très difficiles les vérifications des crimes qui sont imputés au régime d’Aung San Suu Kyi.

L’Unicef tire par ailleurs la sonnette d’alarme à propos des enfants rohinyas. Ils seraient encore 185 000 dans l’Etat Rakhine, tandis que 534 000 se trouveraient dans les camps au Bangladesh. Le sort des uns et des autres est pareillement préoccupant puisque les premiers sont exposés aux discriminations et aux persécutions, tandis que les seconds vivent dans le dénuement à l’approche de la saison des typhons.