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L’État islamique se finance à plusieurs sources, et non seulement grâce au pétrole.

On le mesure aujourd’hui plus que jamais, "il faut empêcher les terroristes d’écouler leur pétrole et d’avoir accès à des ressources financières", a affirmé Mohammad Javad Zarif, lundi à Téhéran."Comment Daech exporte-t-il le pétrole ? Qui le lui achète ?", a lancé le chef de la diplomatie iranienne à l’issue de sa rencontre avec Didier Reynders.

"Il est vraisemblable que le pétrole serve d’abord aux besoins propres" des combattants sur le terrain de la guerre, explique Michaël Dantinne, criminologue à l’ULg et spécialiste de l’argent de la terreur. Mais on sait aussi que l’organisation djihadiste alimente ses caisses grâce à la vente du pétrole. Elle utilise pour ce faire des réseaux de contrebande classique - existants - entre le Kurdistan irakien et la Turquie. "Nous ne mettons pas en cause les officiels, mais ce pays doit faire le ménage sur son territoire !", a dès lors insisté Didier Reynders mardi soir, dans l’avion qui le ramenait d’Iran.

Une fois que ce pétrole passe la frontière, il peut "être vendu à la sauvette ou réamalgamé avec du pétrole légal", explique Michaël Dantinne. Le ministre belge suspecte ainsi Damas, c’est-à-dire le régime de Bachar al Assad, d’acheter l’or noir de ses ennemis. "Certains prétendent aussi que les avions russes volent avec du fuel vendu par ceux qu’ils bombardent", a-t-il même ajouté. Le fait est que "le pétrole, brut ou raffiné, est difficilement traçable", rappelle Michaël Dantinne.

Actuellement, la stratégie opérationnelle des États-Unis et de la coalition consiste, notamment, à couper les lignes d’approvisionnement et les financements de l’État islamique, a déclaré Barack Obama dans une interview diffusée dimanche par ABC News. Les frappes, menées dans le cadre de l’opération "Tidal Wave II", ont visé les installations pétrolières de la région de Deir Ezzor (Syrie), qui fournit au groupe islamiste les deux tiers de ses revenus pétroliers, a précisé vendredi le colonel Steve Warren, porte-parole du Pentagone. Une première attaque avait visé, le 21 octobre, le champ pétrolifère d’Omar. Depuis lors, les raids se sont intensifiés et "cela peut hâter la destruction" de l’EI.

Cela dit, rappelle Michaël Dantinne, "la capacité théorique que Daech devrait avoir, au vu des gisements sous son contrôle, est nettement supérieure à ce qu’il arrive à en tirer en réalité, faute de techniciens notamment". La vente du pétrole "n’est pas nécessairement la source principale de rentrées" des djihadistes, affirme l’expert dans la foulée.

Les collectionneurs financent le terrorisme

Daech se finance aussi en bonne partie "grâce au racket et à une série de formes plus élaborées de taxation" dans les zones qu’il contrôle, "et cela peut rapporter beaucoup". L’organisation"ponctionne une taxe sur tout retrait d’argent, par exemple. Un certain nombre de sources rapportent qu’il subsiste des fonctionnaires payés par l’Etat syrien. Donc, quand ils retirent leur argent, Daech en ponctionne une partie. Quelque part, Assad subventionne Daech".

L’organisation touche aussi de l’argent en échange de la libération d’otages ou de la rétrocession de matériel d’entreprise confisqué. "Des sources évaluaient cela à 20 millions de dollars pour 2014. Le racket, le kidnapping et le ‘rançonnage’ sont beaucoup plus proches de ce que les djihadistes savent faire, c’est donc plus rentable" pour eux que la vente de pétrole.

L’écoulement d’œuvres d’art pillées rapporte également de belles sommes; car Daech ne se contente pas de détruire des vestiges préislamiques, comme au musée de Mossoul (Irak) ou sur l’antique cité de Palmyre (Syrie) - "ça, c’est pour la propagande", affirme M. Dantinne. "Il y a un patrimoine de qualité très élevée avec des pièces qui peuvent valoir très cher sur un marché profondément opaque."

C’est la raison pour laquelle le directeur général des antiquités et des musées de Syrie, Maamoun Abdulkarim, a accusé vendredi les amateurs d’objets archéologiques, qui dans le monde entier achètent des pièces pillées en Syrie et en Irak, de "participer au financement de l’État islamique et donc du terrorisme".