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"Voilà Bagdad arrivé sur la Tamise" , titrait la presse populaire britannique, lundi. Les huit arrestations opérées par la police britannique ont clairement confirmé le lien entre l'anarchie régnant en Irak et les voitures piégées abandonnées au centre de Londres et à l'aéroport de Glasgow.

Cette nouvelle dimension de la menace terroriste ne paraît pas, cependant, devoir bousculer le gouvernement. "L'enquête", affirmait Peter Clarke, en charge de la lutte contre le terrorisme à Scotland Yard, "a progressé extrêmement rapidement. De nouvelles informations nous parviennent d'heure en heure. Je suis certain que dans les jours et les semaines qui viennent, nous saurons les méthodes utilisées par les terroristes et le réseau auquel ils appartiennent".

Les opérations, menées tant en Ecosse qu'en Angleterre, avaient débouché lundi sur huit arrestations dont celle du docteur Mohammed Asha, qui exerçait à l'hôpital de Shrewsbury, et de sa femme. Scotland Yard a confirmé officieusement l'origine arabe des détenus.

Rapidité

La rapidité de l'enquête force à s'interroger sur la version donnée par des services de sécurité toujours réticents. Les deux Mercedes bourrées d'essence et de gaz, furent découvertes "par hasard" à Piccadilly et Mayfair, mais aucun des deux téléphones portables qui devaient déclencher la catastrophe n'aurait, selon des informations qui n'ont pas été démenties, fonctionné !

Deux heures avant que la jeep Cherokee et ses bonbonnes de gaz ne viennent s'encastrer dimanche dans la porte vitrée de l'aéroport de Glasgow, la police était à la recherche de ses occupants. Les huit arrestations ont été menées, comme sur du papier à musique, aux quatre coins de l'Angleterre, à Glasgow, à Liverpool, à Newcastle-under-Lyme, sur l'autoroute M6.

Cette vague d'arrestations ne devrait pas nécessairement déboucher sur un nombre identique d'inculpations, mais elle est significative de l'étendue des moyens de surveillance dont dispose un service de sécurité dont le budget a doublé depuis 2001.

Lundi, à la Chambre des Communes, Jacqui Smith, le nouveau ministre de l'Intérieur, révélait que des opérations étaient menées dans dix-neuf endroits différents, sans parler de la multiplication des contrôles routiers et l'omniprésence aux carrefours de la capitale et ailleurs de policiers en uniforme et d'auxiliaires de police. L'apparition, en une nuit, de blocs de béton devant l'entrée de Wimbledon n'est pas passée inaperçue.

Droits de l'homme

Mis à part ces mesures, MmeSmith s'est bornée à réaffirmer l'agenda du gouvernement qui, après consultations avec les partis d'opposition, présentera ses projets à la rentrée; il souhaite toujours porter de quatre semaines à trois mois la période d'interrogatoire des suspects.

Ni M me Smith, ni M. Gordon Brown, dans sa première interview, n'ont mentionné la suspension de la Charte européenne des Droits de l'Homme que réclament de plus en plus bruyamment l'opposition conservatrice et nombre de commentateurs. Le nouveau Premier ministre, selon ses amis, veut s'abstenir des fracassantes (mais mal suivies) déclarations d'intention de son prédécesseur.