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Un silence de mort est retombé sur cette rue de Rangoon où des dizaines de sandales jonchent la chaussée. Une flaque de sang témoigne de la violence de la répression déclenchée par les autorités birmanes. Tout rassemblement était interdit et pourtant les manifestants sont venus ici en nombre. Après leur fuite dans la plus grande panique, ils n'ont pas osé revenir.

Dans d'autres quartiers, menacés d'être abattus s'ils ne partent pas, des hommes, souvent pieds nus, bravent les forces de sécurité armées. "Allez viens, descends-moi, je m'en fous !", hurle un commerçant de Rangoon, apostrophant policiers et soldats. "Vous êtes nourris par le peuple, mais vous tuez le peuple et vous tuez les moines !", s'étrangle de rage un vieillard.

Des avenues sont bloquées par des barbelés. Les charges policières se succèdent. Courir n'est pas facile lorsqu'on porte le costume traditionnel birman, le "longyi", un long tissu de coton noué autour de la taille. "C'est tellement brutal", articule entre deux sanglots une Birmane. "Comment peuvent-ils nous faire ça, tout en étant bouddhistes ?"

Le jeu du chat et de la souris peut devenir mortel quand les forces de sécurité frappent ou tirent à balles réelles. Des douilles éparpillées en témoignent. Pour échapper aux policiers et aux soldats, les étudiants et autres protestataires se réfugient dans les cages d'escaliers, les rares boutiques ou restaurants qui n'ont pas fermé, sous les porches, ou à l'hôtel Traders, le seul édifice relativement élevé de la ville.

Il est 18h, les rues sont désertes. "Rangoon ressemble désormais à une zone de guerre", constate un Birman âgé d'une trentaine d'années.