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 A Paris, après de longs mois rythmés par l’élection présidentielle, le premier réflexe est celui de la comparaison. Et l’effet de contraste est saisissant : en regard du bruit et de la fureur d’une campagne hystérisée, l’exercice de la démocratie, de l’autre côté du Rhin, paraît étrangement apaisé. Presque ennuyeux. "Les Français voient bien que les enjeux sont importants, et ils sont d’autant plus étonnés par le climat relativement sage dans lequel se déroule la campagne allemande", analyse Christian Lequesne, spécialiste des questions européennes et chercheur au Ceri-Sciences-Po. "Par exemple, certains se demandent pourquoi Martin Schulz n’a pas davantage attaqué Angela Merkel, lors du débat télévisé" notamment.

Pour beaucoup, ces différences renvoient à des cultures démocratiques différentes entre les deux pays. Goût des grands débats idéologiques et de la conflictualité d’un côté du Rhin, culture du pragmatisme et du compromis de l’autre. "En France, un homme politique en campagne doit faire rêver avec de grandes idées", interprète Christian Lequesne. "En Allemagne, ce qui importe, ce sont d’abord les résultats."

Des divergences à l’origine de sentiments mêlés à Paris. D’un côté, une certaine forme d’admiration face à un modèle source de résilience et de stabilité. Beaucoup rappellent qu’Angela Merkel a connu quatre présidents français, de Jacques Chirac à Emmanuel Macron. Le titre "Comment fait-elle ?", barrant le visage de la chancelière, est revenu à la Une de plusieurs journaux au cours des dernières semaines.

Beaucoup d’éditorialistes rappellent que l’Allemagne, "homme malade de l’Europe" au début des années 2000, a pris une nette longueur d’avance sur la France sous le magistère de la chancelière. "Cela suscite une forme de respect de la part des Français, mais aussi le constat amer que l’Hexagone n’est désormais plus le modèle à suivre en Europe", estime Christian Lequesne.

Limites du modèle social

Au cours des dernières semaines, le débat sur l’Allemagne s’est très largement focalisé sur le fameux "modèle social", là encore en regard de la réforme du marché du travail initiée par Emmanuel Macron, souvent comparée aux fameuses lois Hartz adoptées par Gerhard Schröder.

Pour la gauche française, ce modèle n’en est pas un. D’abord parce qu’il correspond aux spécificités de l’économie outre-Rhin. Ensuite, parce qu’en contrepartie de la baisse du chômage, il a produit davantage de précarité, par le biais notamment des fameux "mini-jobs". "Le débat sur l’économie allemande est souvent simplifié, voire caricaturé, en France, à des fins de politique intérieure", juge de son côté Sylvain Broyer, économiste et spécialiste de l’Allemagne à la banque Natixis.

Ce point de vue critique, longtemps l’apanage de la gauche de la gauche, a cependant tendance à gagner du terrain dans l’Hexagone. La semaine passée, "Le Monde" présentait ainsi en Une une grande enquête sur "les faiblesses du modèle allemand" , qui insistait, outre sur les limites du modèle social, sur les difficultés du secteur automobile, ainsi que sur les problèmes liés au vieillissement de la population.