Waleed Rashed: "L’Egypte sera un Etat civil"

Valérie Gillioz Publié le - Mis à jour le

International Entretien Correspondante au Caire

Le "Mouvement du 6 avril" rassemble de jeunes Egyptiens qui, depuis 2008, militent sur le Web pour davantage de démocratie dans leur pays. "La Libre" a rencontré Waleed Rashed, co-fondateur et porte-parole de ces jeunes opposants au régime déchu d’Hosni Moubarak.

Que penser des violents affrontements qui ont eu lieu dimanche en marge d’une manifestation de la minorité copte ?

D’abord, clarifions une chose : ce qui s’est passé dimanche n’est pas un problème entre musulmans et chrétiens, mais entre l’armée et les chrétiens. J’étais sur place, j’ai vu de mes yeux l’armée attaquer les coptes qui manifestaient pacifiquement.

Pourquoi ?

Je n’arrive pas à trouver de raison. Je suppose que l’armée veut diviser la population, l’affaiblir, pour garder plus facilement le pouvoir. Ce qui m’a le plus dégoûté, c’est le rôle de la télévision. Elle a annoncé que les coptes attaquaient l’armée et a incité la population à sortir dans la rue pour protéger l’armée. C’était du mensonge, de la propagande.

Mais la manifestation survenait suite à l’incendie d’une église dans le sud du pays, à Assouan, la semaine dernière…

Il y a bien sûr quelques problèmes entre les musulmans et les coptes en Egypte, particulièrement dans les zones où les gens sont moins éduqués. Mais le véritable problème, à mon avis, vient de la loi sur la construction des lieux de culte, beaucoup plus stricte pour les églises que pour les mosquées. Essam Sharaf, le Premier ministre égyptien, avait promis de créer une loi unifiée. Cela n’a jamais été fait, malgré les demandes des coptes la semaine dernière encore. Le gouvernement est donc en grande partie responsable de ces tensions.

Craignez-vous une escalade de violence ?

Non. Je suis très fier de la réaction des coptes. Ils ont compris que ce n’était pas les musulmans à l’origine du problème et ont appelé les fidèles à ne pas se venger. Le Mouvement du 6 avril soutient entièrement la minorité copte et ses revendications. Nous la voyons comme un partenaire indispensable à la construction de ce pays et elle devrait pouvoir bénéficier des mêmes droits que nous, notamment en termes de construction de lieux de cultes. Ceci dit, les événements de dimanche montrent que le gouvernement actuel est incapable de résoudre les problèmes des Egyptiens.

Justement, ces incidents interviennent alors que l’Egypte n’a pas atteint les objectifs fixés durant la Révolution…

Nous n’en sommes pas loin. Je suis très optimiste, car il y a un véritable changement qui s’est opéré depuis le départ de Moubarak. Les gens ont réalisé qu’ils ont des droits et qu’il faut se battre pour les défendre. Regardez les professeurs, qui se sont unis et qui ont fait une grève générale dans tout le pays ! Le peuple a compris que l’avenir du pays est entre ses mains, et plus personne ne se tait. Je suis très optimiste parce que je vois que les gens se mobilisent, ce qu’ils ne faisaient pas avant.

Pourtant, de nombreux Egyptiens se plaignent du chaos et de l’insécurité qui règnent depuis la chute du régime de Moubarak, sans même parler de l’impact économique de la contestation sociale.

Il faut arrêter de blâmer ceux qui se mettent en grève ou qui manifestent. Il faut blâmer ceux qui sont les causes des ces grèves, ceux qui nous empêchent de jouir de nos droits. Les gens ont raison de manifester, parce qu’avec le temps ils finissent par obtenir ce qu’ils demandent. En ce qui concerne l’insécurité, c’est vrai qu’il y a un problème. La police a été décrédibilisée durant la Révolution et, aujourd’hui, elle n’est plus aussi présente qu’avant dans les rues. La solution serait plus de fermeté de la part du ministère de l’Intérieur.

Vous réclamez le départ du ministre de l’Intérieur actuel, Mansour Al Issawi ?

Oui. Al Issawi commet les mêmes erreurs que Moubarak : il fait des promesses dans le vide. Il n’a rien compris au sens de la Révolution. Et vous savez, je ne vais pas manger deux fois dans un restaurant où le service est mauvais

Allez-vous retourner dans la rue, comme vous l’avez fait régulièrement depuis la chute du régime ?

Bien évidemment. Avec le recul, je me dis que nous avons commis deux erreurs : quitter la place Tahrir le 11 février et faire confiance au Conseil Suprême des Forces Armées. Le CSFA avait assuré être à la tête du pays pour six mois seulement. Je ne pense pas que l’armée veuille rester au pouvoir pour toujours, mais elle veut que le pays soit dirigé à sa guise.

Comment peut-on organiser des élections et dire qu’elles sont démocratiques dans un pays en état d’urgence ?

Quant à l’accord passé le week-end dernier entre le CSFA et les formations politiques (NdlR : amendement de la loi électorale), il est insuffisant. Le rôle de l’armée devrait être uniquement de rétablir la sécurité dans le pays.

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