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Jean de Gliniasty, ambassadeur de France à Moscou jusqu'en 2013, juge que la Crimée a "toujours été russe".

D'après les informations du quotidien français Le Figaro, Jean de Gliniasty ne cache pas ses vues pro-russes dans l'épineux dossier ukrainien. Pour l'ex-ambassadeur de France à Moscou (de mai 2009 à octobre 2013) il y a eu trop d'erreurs de la part de la diplomatie européenne et française, allant même jusqu'à parler de "cinq ans de travail qui ont été ruinés".

D'après l'ex-diplomate "ce n'était pas compliqué", il suffisait de "donner Sébastopol à la Russie et de garantir le statut de la langue russe en Crimée". Pour rappel, Sébastopol est la ville située à l'extrême pointe sud-ouest de la péninsule. Elle abrite un port stratégique qui sert de base militaire aux Russes depuis le 18e siècle et qui regroupe l'intégralité de la flotte nationale en mer Noire. Autrement dit, la Russie est très attachée à cette ouverture clé sur l'Europe et le Moyen-Orient comme en témoignent les âpres négociations entamées en 2010 avec l'Ukraine qui ont malgré tout débouché sur une prolongation du bail russe à Sébastopol jusqu'en 2042.

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"Donner Sébastopol à la Russie", dès le départ Kiev n'était justement pas parti dans cette optique. Donner ou plutôt rendre. En effet, lorsque l'on reprend l'histoire de la Crimée, on apprend que la péninsule a été sous la coupe de la Russie dès 1783 à 1954, date à laquelle Nikita Khrouchtchev (ex-homme fort de l'URSS post-stalinienne, puisqu'il était premier secrétaire du parti Communiste de l'Union Soviétique) a décidé de l'offrir à la République socialiste soviétique d'Ukraine. Suite à cela, la Crimée est donc officiellement passée sous la tutelle de Kiev.

Jean de Gliniasty ne l'entend pas de cette oreille, pour lui "la Crimée n'a jamais appartenu à l'Ukraine, elle a toujours été russe", considérant que le pays appartenait encore à la Russie à cette époque et que, de facto, la péninsule également.



"On s'est mis dans la main des Américains"

L'ex-ambassadeur ne s'arrête pas là et croit savoir que Sébastopol serait automatiquement retombée dans le giron russe au plus tard en 2042, à la fin du bail de location. C'est donc l'accord d'association de l'Union européenne avec l'Ukraine qui aurait définitivement mis de l'huile sur le feu puisque les intérêts russes dans la région ont été mis en danger. En effet, l'influence de l'Europe et des Etats-Unis sur Kiev aurait peut-être débouché sur une autre issue dans le dossier Sébastopol, ce qui était inadmissible et inaudible du côté du Kremlin. Sébastopol devait revenir à la Russie en 2042... ou avant.

Il faut dire que depuis l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, Sébastopol est officiellement russe. Une manière de protéger ses intérêts ? Certainement. Auparavant, après la chute de l'URSS en 1991, la ville portuaire bénéficiait d'un statut spécial de la part de Kiev, permettant la location de la ville par les Russes. Dès 1992, la Russie n'a eu de cesse de réclamer que la Crimée et la ville de Sébastopol leur soient restituées.

De ce fait, Jean de Gliniasty accuse l'Europe d'avoir eu la mémoire courte (d'un point de vue historique essentiellement) et de s'être faite berner par les Américains qui n'auraient eu comme unique intention que de bloquer toute velléité d'impérialisme russe. Retournons alors la situation en imaginant les Etats-Unis confrontés au même problème que les Russes, à savoir qu'une de leur position géo-politique stratégique serait remise en question pour une raison quelconque... Nul doute que la réaction aurait été tout aussi "radicale".

Finalement, il serait bon de se poser la question du "qui". Qui fait de l'impérialisme dans ce dossier ? Qui empiète sur les intérêts de l'autre ? Où se situe la vérité ? L'ex-diplomate a son idée sur le sujet mais se contente de dire que "les gens ne se rendent pas compte qu'on risque d'aller vers la guerre. C'est une catastrophe".