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L'administration Trump a annoncé jeudi une série de sanctions contre des individus et des entités russes en réponse à l'ingérence de Moscou dans l'élection présidentielle américaine de 2016 et à plusieurs cyberattaques.

Cette décision a été prise après plusieurs mois de tergiversations qui ont provoqué la colère de nombreux élus et suscité des interrogations sur la réelle volonté de Donald Trump de tenir tête à Moscou.

Elle intervient dans un climat particulièrement tendu entre les pays occidentaux et la Russie, accusée d'être responsable de l'empoisonnement en Angleterre de l'ex-espion russe Sergueï Skripal.

Au total, 19 individus et cinq entités sont visés par ces sanctions, parmi lesquelles le FSB (services de renseignement intérieurs) et le GRU (services secrets de l'armée russe).

Moscou, qui a toujours contesté toute ingérence, a immédiatement promis, par la voix du vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, "des mesures de représailles". Ce dernier a estimé que les sanctions américaines étaient liées à l'approche de l'élection présidentielle russe, prévue dimanche, dont Vladimir Poutine est le grand favori.

Selon les services de renseignement américains, le pouvoir russe a mené une opération concertée et planifiée pour influencer l'élection présidentielle en faveur du milliardaire républicain, notamment à travers l'utilisation des réseaux sociaux et la diffusion de "fausses nouvelles". L'impact sur le résultat de l'élection est par définition extrêmement difficile à évaluer.

Le Congrès s'était déjà prononcé pour des sanctions contre la Russie mais le Trésor s'était contenté de publier fin juin une liste de 200 responsables russes, sans annoncer de mesures punitives immédiates.

L'absence de sanctions concrètes avait soulevé des questions sur la réelle volonté de l'administration de les appliquer sur fond d'interrogations sur une éventuelle collusion pendant la campagne entre des proches de Donald Trump et Moscou.

Plusieurs des personnes visées jeudi ont été inculpées mi-février dans l'enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l'interférence russe lors de la campagne.

NotPetya

Les sanctions se traduisent en particulier par le gel des avoirs des personnes concernées et par l'interdiction pour des sociétés américaines de faire des transactions avec elles.

Elles sont aussi une réponse à plusieurs cyberattaques attribuées par les Etats-Unis à la Russie, y compris une tentative de pénétrer le système de distribution énergétique, a indiqué un responsable américain.

Dénonçant les "activités déstabilisatrices" de la Russie, le Trésor américain pointe une nouvelle fois la responsabilité russe dans la cyberattaque NotPetya en juin 2017.

Démarrée en Ukraine et en Russie avant de se propager au monde entier, l'attaque au rançongiciel a contaminé des milliers d'ordinateurs. Elle a notamment perturbé des multinationales et des infrastructures critiques, comme les contrôles sur le site de l'accident nucléaire de Tchernobyl et les ports de Bombay et d'Amsterdam.

Cette cyberattaque, "l'une des plus destructrices et coûteuses de l'histoire", a touché "plusieurs hôpitaux aux Etats-Unis" qui n'ont pu générer de données électroniques "pendant plus d'une semaine", a précisé jeudi le Trésor.

En février, l'amiral Mike Rogers, patron de la NSA --la grande centrale de renseignement électronique américaine-- avait estimé devant le Congrès que les Etats-Unis ne faisaient pas assez pour contrecarrer les cyberattaques russes.

"Je pense que le président Poutine est très clairement arrivé à la conclusion qu'il n'y avait pas grand risque" à mener ce type d'actions, avait-il indiqué. "On ne peut pas dire que rien n'a été fait mais, de mon point de vue, ce n'est pas assez".

Selon le chef du renseignement américain Dan Coats, il ne fait "aucun doute" que la Russie va réutiliser les méthodes de 2016 pour tenter d'influencer les élections parlementaires de novembre aux Etats-Unis.