Wikileaks, un risque pour toute démocratie

Stéphanie Fontenoy Publié le - Mis à jour le

International Entretien Correspondante aux États-Unis

Quelles vont être les conséquences de ces fuites pour la diplomatie américaine ?

Il y a certains nombres de points dans ces documents qui vont considérablement compliquer la diplomatie américaine dans les mois à venir. Premièrement, une partie de ces fuites exposent des propos tenus en privé. En réaction, on peut s’attendre à ce que les chefs d’Etat de pays étrangers, les diplomates, les fonctionnaires et les militants soient plus méfiants dans le futur et évitent de s’exprimer de manière candide face à des responsables américains. Deuxièmement, certaines personnes pourraient être menacées dans leur pays pour avoir parlé aux Américains. Cela va rendre le travail des Américains plus difficile.

Ces divulgations révèlent-elles une faiblesse dans la sécurité américaine ?

Plutôt qu’une faiblesse, je dirais une vulnérabilité. Il existe un équilibre fragile entre le besoin de garder certaines informations secrètes mais aussi de les rendre accessibles aux gens qui en ont besoin. Si les mesures de sécurité sont accrues, moins de personnes ont accès à certains documents sensibles. Si elles sont abaissées, plus de gens y ont accès et un seul individu peut mal agir. Traditionnellement, ce genre de documents sont déclassifiés après 20 ans. C’est le jugement qu’un pays démocratique comme les Etats-Unis tient pour traiter ces informations secrètes. Julian Assange a décidé d’aller à l’encontre de ces principes démocratiques, mais les conséquences de ses actes vont être contraires à l’effet qu’il prétend produire.

Est-ce que cette fuite monumentale aurait pu se produire avant, pendant la présidence Bush par exemple ?

Oui, cela n’a rien à voir avec l’administration Obama. Une fois qu’il est possible de télécharger des centaines de milliers de documents sur une carte mémoire et de la glisser dans une poche, c’est quelque chose qui devait arriver. Cela n’aurait pas pu être possible il y a trente ans car il aurait fallu tout un camion pour transporter les dossiers. D’autre part, je ne pense pas que WikiLeaks oserait faire la même chose en Russie, en Chine ou au Pakistan, car les conséquences pour son fondateur pourraient être encore plus graves.

Les documents “top secrets” ne figurent pas dans les fuites, pourquoi ?

On pense que le soldat Manning n’avait pas accès à ces informations hautement sensibles. Seulement un petit nombre, environ 15 000 sur les 250 000 télégrammes dévoilés, sont classés "secrets". Le reste est de faible ou moyenne importance. Mais la raison pour laquelle ces télégrammes ne doivent pas être divulgués est qu’ils peuvent contenir des informations non vérifiées, des suppositions, des suspicions ou des rumeurs. Déverser toute cette matière brute est dangereux car le public la prend pour argent comptant.

Comment l’administration américaine peut-elle réparer les pots cassés ?

Ce sera vraiment difficile. Premièrement, l’administration doit prévenir les autres pays du contenu des câbles, ce qu’elle a fait. Deuxièmement, elle doit s’excuser pour les manquements de sa sécurité, ce qu’elle a fait également. Ensuite, elle doit redoubler d’efforts pour que ces informations ne soient pas aussi facilement subtilisées. Encore une fois, cela est un des risques liés à l’accès à la technologie dans nos sociétés démocratiques. Ce risque va devenir un problème récurrent, non seulement pour la diplomatie américaine mais aussi pour les autres pays.

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