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Le président yéménite Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans, a annoncé mercredi renoncer à briguer un nouveau mandat et fait des concessions à l'opposition, sous la pression de la rue influencée par les exemples tunisien et égyptien.

L'opposition a toutefois annoncé qu'elle comptait toujours manifester jeudi. "Je suis contre un renouvellement de mon mandat, et contre la transmission héréditaire du pouvoir", a déclaré M. Saleh devant le Parlement qu'il avait convoqué pour une réunion extraordinaire.

Les Etats-Unis ont salué ces déclarations, jugées "positives" par le porte-parole du Département d'Etat Philip Crowley. "Tout comme nous l'avons vu en Egypte, il est important que les gouvernements de la région (...) fassent suivre leurs déclarations par des actes, et qu'ils entreprennent des réformes politiques, sociales et économiques", a estimé M. Crowley.

Le chef de l'Etat a en outre annoncé le report des élections législatives prévues pour le 27 avril et dont la tenue, en l'absence d'une réforme politique, était contestée par l'opposition.

M. Saleh a aussi décidé le "gel des amendements constitutionnels dans l'intérêt national". Les députés devaient examiner le 1er mars une révision constitutionnelle susceptible d'ouvrir la voie à une élection à vie du président. L'opposition soupçonne en outre le président de vouloir transmettre le pouvoir à son fils aîné Ahmed, chef de la garde républicaine, unité d'élite de l'armée.

M. Saleh a appelé l'opposition à "geler les manifestations" et à reprendre le dialogue avec le Congrès populaire général (CPG, au pouvoir), interrompu depuis la décision des autorités d'organiser des élections législatives en avril, en vue de former un "gouvernement d'union nationale". "Je ne vais pas faire preuve d'orgueil, et je vais présenter les concessions l'une après l'autre dans l'intérêt national", a encore déclaré le président dans ce discours au ton extrêmement conciliant.

Interrogé après ce discours, des responsable du puissant parti islamiste al-Islah, Mohamed Kahtan, a affirmé que la manifestation de jeudi aurait lieu "comme prévu". Un autre responsable du Forum commun, une coalition des partis d'opposition, Mohamed al-Sabri, a également estimé que l'appel du président à geler les manifestations était "inacceptable", et assuré que l'opposition maintenait son appel à manifester jeudi. Des milliers de Yéménites, inspirés par la Tunisie et l'Egypte, avaient déjà manifesté le 27 janvier à Sanaa pour réclamer le départ du chef de l'Etat. Le CPG, qui avait organisé le même jour une contre-manifestation, a annoncé son intention de mobiliser à nouveau ses militants jeudi.

L'actuel mandat de M. Saleh, qui est au pouvoir depuis 1978, arrive à expiration en 2013. Le chef de l'Etat a déjà multiplié les mesures sociales et économiques, dont une augmentation des salaires, face à la montée de la grogne populaire dans ce pays pauvre de 24 millions d'habitants. Il avait ainsi annoncé lundi la création d'un fonds pour l'emploi des diplômés de l'université et l'extension de la couverture sociale à un demi-million de personnes, ainsi qu'une réduction de l'impôt sur le revenu.

Quatre tentatives d'immolation par le feu, dont un cas mortel le 20 janvier, ont été signalées au Yémen, à l'instar d'un acte similaire d'un jeune homme en Tunisie, à l'origine de la révolte qui a conduit à la chute du président Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier.

Le Yémen, l'un des pays arabes les plus pauvres, est la seule république de la péninsule arabique.