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Deux hommes ont résolu de venir en aide à David contre Goliath. Dans "Secret d'Etat - Le livre noir des Belges zaïrianisés", Olivier Willocx, administrateur-délégué de la chambre de commerce de Bruxelles, et Vincent Delannoy, journaliste, retracent la saga de ce dossier.

Fin novembre 1973, Mobutu fait saisir les plantations, élevages, carrières, pêcheries, fermes et commerces appartenant à des étrangers, pour les donner à des nationaux - en réalité à ses amis et clients politiques. Congolais et analystes étrangers sont unanimes à fixer à cette initiative les débuts de la crise congolaise.

Belges principales victimes

Les intérêts belges se trouvent parmi les principales victimes de la "zaïrianisation", pour un montant total évalué à 40-45 milliards de FB, indiquent les auteurs de l'ouvrage. Six cents familles belges sont affectées. Conformément à la législation internationale, le président Mobutu annonce une indemnisation, sur dix ans.

Le gouvernement belge ne prendra position que le 21 décembre, mais sans fermeté, faiblesse que les auteurs attribuent au fait que Mobutu a passé commande aux ACEC (huit mille employés) de matériel pour un montant de 4,5 milliards de FB.

La zaïrianisation jette le pays de Mobutu dans la crise et, en 1976, il demande l'aide du Fonds monétaire international, qui refuse d'intervenir tant qu'un règlement équitable des expropriations n'est pas intervenu.

La Belgique prend, en mars 1976, position en faveur de Kinshasa en s'engageant à préfinancer l'indemnisation des Belges par le Zaïre, ce dernier lui remboursant en vingt ans ce qu'elle doit payer en dix ans.

Unilatéral et rétroactif

Trois mois plus tard, le 18 juin, par un échange de lettres secrètes avec Kinshasa, Bruxelles diminue unilatéralement de moitié les indemnisations en fixant le taux de change du zaïre à celui de l'époque (44,25 FB pour 1Z) au lieu de celui en vigueur lors de la zaïrianisation (81,12 FB pour 1Z). Ces lettres seront soustraites au contrôle parlementaire durant dix-neuf ans, soulignent les auteurs. En outre, en 1977, l'Etat belge annonce à un des "zaïrianisés" que son indemnisation ne sera débloquée que lorsque Kinshasa aura versé la somme ad hoc.

Dans les années qui suivent, vingt-sept zaïrianisés assignent l'Etat en justice. En 1993, la Cour de cassation décide que le taux de change à appliquer est celui de 81 FB et que les paiements ne sont pas subordonnés aux versements par Kinshasa. L'Etat belge n'admet toujours pas sa défaite et affirme que chacun des zaïrianisés devra passer par la même longue bataille juridique que celle qui se terminera au bénéfice de quarante-six lésés lorsqu'en 1994, onze tableaux seront saisis au musée des Beaux-Arts pour que l'Etat paie ce qu'il doit. Mais il ne rend pas les armes pour autant et prévoit un projet de loi avec rétroactivité de dix-huit ans, pour imposer "son" taux de change. Le Conseil d'Etat descend le texte en flèche. Le gouvernement, en 1996, tente alors de charger le Fonds belgo-congolais du remboursement, tout en annonçant qu'il fera valoir la prescription et en coupant au Fonds sa dotation pour 1997.

Aujourd'hui, trente-trois ans après les faits, 150 zaïrianisés sont toujours englués dans de longs procès coûteux avec l'Etat, sans que celui-ci n'envisage de solution globale pour respecter ses engagements. Beaucoup sont âgés. L'Etat compte-t-il sur leurs décès, interrogent les auteurs...