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Figure de l'opposition zimbabwéenne, Tendai Biti, qui avait fui en Zambie pour y demander l'asile politique, a été renvoyé jeudi au Zimbabwe où il était présenté à la justice en fin d'après-midi.

Encadré par un important dispositif policier, M. Biti, menottes aux poignets, est arrivé au Palais de justice de Harare en fin d'après-midi, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Nous continuons la lutte" a-t-il lancé aux journalistes alors que son parti, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), s'apprête à déposer un recours contre les résultats de la présidentielle du 30 juillet, remportée au 1er tour par le sortant Emmerson Mnangagwa.

Son expulsion a alarmé des diplomates occidentaux.

"Nous ne l'avons pas expulsé, nous l'avons rendu aux autorités zimbabwéennes", a affirmé à l'AFP Dora Siliya, porte-parole du gouvernement zambien et ministre de la communication, en insistant sur le "mot-clé: +rendre aux autorités+".

Le Haut Commissariat de l'ONU pour les Réfugiés (HCR) s'est déclaré "inquiet": "le refoulement ou le retour forcé de réfugiés et de chercheurs d'asile vers leur pays d'origine est une violation sérieuse des lois internationales", a-t-il souligné dans un communiqué.

Les chefs de mission diplomatiques de l'Union européenne, des Etats-Unis, Canada et Australie ont demandé au gouvernement de "garantir son intégrité physique et sa sécurité" et de "s'assurer que ses droits soient respectés".

M. Biti, 52 ans, ancien ministre des Finances du gouvernement d'union nationale (2009-2013), avait franchi mercredi matin la frontière terrestre entre le Zimbabwe et la Zambie.

Le MDC conteste les résultats de la présidentielle, la première depuis la mise à l'écart du leader historique Robert Mugabe. Le scrutin a été remporté par Mnangagwa (50,8%) devant le leader du MDC Nelson Chamisa (44,3%).

L'expulsion de Tendai Biti intervient alors que l'opposition a jusqu'à vendredi pour déposer le recours qu'elle a promis publiquement devant la Cour constitutionnelle. Celle-ci aura ensuite 14 jours pour trancher.

Ramaphosa en visite 

Selon le journal pro-gouvernemental zimbabwéen The Chronicle, Tendai Biti est recherché par la justice, accusé d'incitation à la violence. Avant la proclamation des résultats par la commission électorale, il avait notamment annoncé que Nelson Chamisa avait remporté l'élection, tout en défiant la commission d'annoncer un résultat différent.

"L'asile lui a été refusé parce qu'il n'y a pas un effondrement de l'Etat de droit dans son pays", a expliqué Mme Siliya.

La répression des manifestations du 1er août contestant l'annonce de la victoire d'Emmerson Mnangagwa a fait au moins six morts et des dizaines de blessés.

Mme Siliya a ajouté que le gouvernement n'avait pas reçu d'injonction judiciaire avant de "rendre" M. Biti, soulignant que l'ordre judiciaire était arrivé "après".

Une audition devant la Haute Cour de Zambie a eu lieu jeudi en l'absence de M. Biti. "Nous avons demandé un ajournement parce que nous avons appris que notre client n'était plus en Zambie alors que la justice avait réclamé sa présence", a affirmé sous couvert de l'anonymat un des avocats de M. Biti, soulignant qu'il y avait "une désobéissance apparente par l'Etat à une décision de justice".

"Ils ont bravé la décision de justice qui l'autorisait à demander l'asile politique", a estimé de son côté l'avocat zambien Gilbert Phiri.

Le MDC s'est lui aussi indigné du comportement de la Zambie parlant d'un "développement très regrettable et malheureux" selon Nelson Chamisa, le leader de l'opposition.

"J'étais en contact direct avec lui (Biti) hier (mercredi). Il m'a demandé de solliciter des leaders de la région pour l'aider. Il voulait que je cherche les conseils et le soutien des présidents (sud-africain) Cyril Ramaphosa et (zambien) Edgar Lungu", a-t-il ajouté à l'AFP.

M. Ramaphosa doit effectuer jeudi et vendredi une tournée régionale passant par la Zambie et la République démocratique du Congo, a annoncé la présidence sud-africaine sur son compte twitter. Il "fera aussi une escale au Zimbabwe pour s'entretenir avec le président-élu Emmerson Mnangagwa", a-t-elle ajouté sans donner de date.