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Birmanie

L'aide aux victimes sur fond de corruption

AFP

Mis en ligne le 20/05/2008

Le gouvernement des généraux a décrété un deuil national, dix-sept jours après la catastrophe. Les drapeaux sont en berne depuis mardi mais il n'y a pas eu de minute de silence ou de cérémonie publique, contrairement à ce qui s'était passé la veille en Chine, voisine et alliée du régime birman, qui a connu un séisme meurtrier au Sichuan.

Rajagopal, un des nombreux volontaires distribuant à titre privé des vivres aux rescapés du cyclone Nargis, dit qu'il est choqué par le désespoir des miraculés et dégoûté des "pots-de-vin" que perçoivent certains responsables locaux au passage des secours.

"Les survivants sont dans une situation épouvantable" dans la région la plus touchée du delta de l'Irrawaddy (sud-ouest), raconte Rajagopal qui précise, par ailleurs, avoir vu des corps en décomposition encore accrochés à des arbres deux semaines après le passage du cyclone.

Plus grave encore, ce volontaire affirme que des responsables locaux ont exigé de lui et de ses amis qu'ils leur versent des sommes pour pouvoir passer aux barrages de sécurité sur une route menant à l'Irrawaddy. "Nous avons dû verser des pots-de-vin pour amener des vivres et de l'aide dans la zone", dit-il. "Ce que fait le gouvernement est terrible", ajoute Rajagopal avant d'aller prier en hommage aux 133.600 morts et disparus de l'une des pires catastrophes naturelles de l'histoire récente.

Ils étaient environ 10.000 fidèles lundi dans la célèbre pagode Shwedagon à Rangoun pour la célébration d'une fête religieuse marquant la naissance de Bouddha, le jour de son illumination et celui où il entré dans le nirvana. Mais, cette année, l'atmosphère était sombre dans ce complexe de temples bouddhistes --qui est le sanctuaire le plus sacré de Birmanie--, alors que Rangoun a subi des destructions majeures et que de nombreux habitants de l'ancienne capitale figurent parmi les 2,4 millions de sinistrés.

Le gouvernement des généraux a décrété un deuil national, dix-sept jours après la catastrophe. Les drapeaux sont en berne depuis mardi mais il n'y a pas eu de minute de silence ou de cérémonie publique, contrairement à ce qui s'était passé la veille en Chine, voisine et alliée du régime birman, qui a connu un séisme meurtrier au Sichuan.

"Ici, les gens sont très tristes. Regardez leur visage. Ils sont tous inquiets pour l'avenir", remarque Rajagopal qui a perdu une nièce lorsque le cyclone a frappé Rangoun le 3 mai. La junte a été accusée de filtrer l'aide internationale et de ralentir la distribution des secours en refusant notamment que les opérations soient dirigées par des étrangers. Lundi, la Birmanie a finalement accepté que ses voisins du Sud-Est asiatique coordonnent les secours mais les modalités restent à préciser. La catastrophe a donné lieu à un grand élan de solidarité de citoyens ordinaires, majoritairement pauvres, qui ont, de fait, pallié les carences des autorités.

A la pagode Shwedagon, d'autres fidèles lancent des accusations de corruption. "Mon ami voulait distribuer du riz dans le delta. Mais des autorités aux barrages routiers ont demandé de l'argent", assure Zin Khin, 25 ans. "On ne peut rien faire. Les gens ont peur. Le régime a tué pour rester en place et n'hésitera pas à recommencer", ajoute-t-il.

En septembre 2007, après une semaine de manifestations conduites par des moines bouddhistes, les forces de sécurité avaient violemment réprimé ce mouvement de protestation, faisant au moins 31 morts, selon un enquêteur des Nations unies.

Pour la fête en l'honneur de Bouddha, les fidèles étaient bien moins nombreux que les années précédentes. Ils ont toutefois fait des offrandes et déposé des fleurs devant des statues. Ils ont aussi arrosé des banians, comme le veut la tradition. "J'espère que ceux qui sont morts (lors du cyclone) renaîtront avec beaucoup de bonheur et de prospérité", dit Zin Khin.

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